Les révélations de la Tribune de Genève sur un présumé pacte de corruption autour sur la construction de l’incinérateur de Fos-sur-mer, passant par la Suisse, ont conduit le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, à réagir.
Au départ de l’affaire, il y a les déclarations de Jean-Marc Nabitz, ancien patron de 13 développement, la société chargée des investissements du Conseil général des Bouches-du-Rhône. Le 4 décembre dernier, la Tribune révélait en exclusivité le contenu du procès-verbal d’audition opéré à la mi-novembre par le procureur fédéral suisse Luc Leimgruber.
Saisi d’une enquête pour blanchiment ouverte en Suisse, le magistrat a longuement interrogé Jean-Marc Nabitz. L’affaire met en cause Alexandre Guérini, le propre frère du président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, et a conduit à son incarcération. Particulièrement prolixe, l’ancien responsable affirme que Jean-Claude Gaudin aurait été une pièce maîtresse dans le choix de la société espagnole Urbaser en raison notamment de liens supposés avec l’Opus Dei. Il évoque également une collusion droite/gauche marquée par une distribution générale de pots-de-vin.
Piqué au vif, Jean-Claude Gaudin a réagi vertement dans un communiqué: «Les propos de M.?Nabitz, que d’ailleurs je ne connais pas, ne relèvent que de l’affabulation. La commission des marchés de MPM (ndlr: Marseille Provence Métropole, la communauté urbaine) a conduit un travail sérieux et a choisi la meilleure offre technique et la moins chère.»
Ce qui est contredit par Nabitz. Ce dernier affirme en effet que le marché présente en réalité un surcoût de 100 millions d’euros: «Cette construction a coûté 350 millions d’euros y compris les frais financiers pratiqués à des prix très avantageux au profit de la Société générale de banque et de Dexia. (…) Le coût réel de ces installations est de l’ordre de 250 millions d’euros.»
Une réunion s’est tenue jeudi dernier au Parquet de Marseille aux fins d’étudier les suites judiciaires à donner à cette affaire. De son côté, le bavard Nabitz a livré d’utiles informations sur ses relais dans les milieux bancaires genevois. Rémunéré, dit-il, 2,2 millions d’euros pour ses bons offices dans le marché Urbaser, il affirme: «J’ai été mis en relation avec IDB Genève par AG (ndlr: Alexandre Guérini) qui m’a présenté à Marseille David Zerbib, l’un des représentants de la banque (…) Lorsque je me suis rendu à l’IDB Genève, Zerbib m’a présenté son supérieur Patrick A.». Précision: Zerbib qui est présenté comme le «trader» du réseau Guérini a depuis quitté les milieux bancaires et s’est installé en Israël pour fuir le scandale.