Bangkok ne luttera plus. Menacée par les eaux qui ont déjà inondé les banlieues du nord et de l’est, tentant
depuis deux semaines de se protéger au moyen de kilomètres de digues faites de sacs de sable, elle se laissera bientôt envahir par l’eau. Les autorités thaïlandaises ont en effet décidé d’ouvrir toutes les écluses de la capitale pour permettre l’évacuation des eaux vers la mer. «On ne peut pas bloquer l’eau indéfiniment […]. Plus nous la bloquons, plus l’eau monte», a déclaré la première ministre Yingluck Shinawatra.
Les 200 écluses que compte Bangkok régulent les quelque 2000?kilomètres de cours d’eau et canaux de la mégalopole de 12 millions d’habitants. Leur ouverture risque de créer des inondations, mais il n’y a pas d’autre issue que celle-ci pour ôter la pression sur le nord et l’est de la ville. Aucun calendrier n’a toutefois été donné quant au début des opérations qui exigeront des évacuations en nombre. La ville comptera sur les 158 stations qui pompent environ 1500?m3 par seconde, et sept vastes canalisations souterraines, pour limiter les dégâts. Mais sera-ce suffisant? Plus de 10 milliards de m3 d’eau doivent être évacués.
«L’eau devrait surtout passer à travers la partie est de Bangkok», selon Jate Sopitpongsthorn, porte-parole de l’administration de la capitale, précisant qu’elle atteindrait le canal de Rangsit, à la limite nord de la ville, dans la nuit de jeudi à vendredi. L’annonce du gouvernement a aussitôt provoqué une ruée des habitants vers les supermarchés où les réserves d’eau étaient souvent déjà épuisées. Des bouchons –
plus que d’habitude – se sont formés en raison de gens qui fuyaient les zones exposées, selon le
Bangkok Post
. Pour les habitants des banlieues déjà touchées par les inondations, c’est au contraire le soulagement. L’ouverture des écluses devrait leur permettre de voir baisser le niveau des eaux. Avant cette décision, le gouvernement avait dû mobiliser des forces de l’ordre près des digues pour empêcher leur destruction volontaire par les habitants des zones submergées.
Le nouveau gouvernement subit la pression de l’opposition sur ce dossier. Mardi, le ministre des Finances, Thirachai Phuvanatnaranubala, déclarait que la croissance serait légèrement supérieure à 2% cette année, contre une prévision de 4% il y a un mois, conséquence directe des inondations. Or ce frein pourrait encore être plus important à la perspective d’une paralysie de Bangkok qui contribue à hauteur de 41% du PIB national. Cela explique aussi l’acharnement des autorités thaïlandaises à essayer, jusqu’ici, de préserver la capitale.
Mais d’autres facteurs ont joué. Mercredi, un conseiller du Centre d’alerte national pour les catastrophes naturelles avait plaidé pour une évacuation des eaux vers la mer à travers Bangkok, craignant à défaut «des épidémies et un désastre humanitaire». Les inondations, provoquées par une mousson anormalement abondante, ont fait à ce jour 320 morts et trois disparus dans le pays.