«Notre symbole? Une lampe. Sa signification? Nous souhaitons illuminer le chemin des Marocains.» Ahmed, l’un des directeurs de campagne du parti islamiste PJD (Parti de la justice et du développement) à Casablanca est sûr du résultat des élections législatives d’aujourd’hui.
Son parti pourrait entrer pour la première fois au gouvernement. Voire le diriger s’il arrivait en tête, comme le prévoit la nouvelle Constitution
votée le 1er juillet dernier. Le PJD passe pour être le moins corrompu des partis marocains. Les islamistes, dont le nom du parti et le logo sont proches de ceux de l’AKP turc, mettent d’ailleurs en avant le caractère vertueux de leur programme. Tout en prenant garde de ne choquer personne.
Durant la campagne, rien n’a été dit sur l’alcool qui coule à flots dans les bars du Royaume ou sur les mœurs très occidentalisées de la jeunesse dorée de Rabat et Casablanca. Selon plusieurs témoignages, le leader du PJD, Abdelilah Benkirane, aurait demandé aux têtes de liste de son parti de botter en touche sur les questions relevant de la morale et de parler de l’économie. «Je n’ai pas l’intention de me mêler du droit des femmes. Nous avons d’autres priorités: l’économie, la démocratie et la gouvernance», déclare Abdelilah Benkirane. Son engagement phare: relever le SMIC de 2300 (252?francs) à 3000 dirhams (330?francs). Mais cette promesse, comme celles des autres partis, suffira-t-elle à attirer les électeurs dans les bureaux de vote? Le taux de participation est l’un des enjeux majeurs du scrutin.
Pour répondre aux velléités d’ouverture de la rue dans le sillage du «printemps arabe», le roi a fait réformer la Constitution, afin de renforcer les pouvoirs du Parlement et du gouvernement. Mais il reste l’acteur central du jeu politique. «Quel que soit le parti en tête, il n’aura jamais une autorité décisive. Le roi continue d’avoir le dernier mot», analyse Khellaf Oujader, fin connaisseur des arcanes du pouvoir marocain.
Gérant d’une boutique au centre de Rabat, Hamid reste songeur en regardant le portrait du leader islamiste qui fait la une de la presse. «Benkirane ou un autre, c’est du pareil au même. Ces hommes politiques ne valent rien. Ils n’ont aucun pouvoir.» Le jeune homme n’ira pas voter. L’opposition veut capitaliser sur ce sentiment de désarroi afin de parvenir à un fort taux d’abstention, synonyme d’échec des réformes constitutionnelles décidées par le roi. De 52% en 2002 à 37% en 2007, le taux de participation n’a fait que diminuer lors des derniers scrutins législatifs. Créé dans le sillage des révolutions tunisienne et égyptienne, le mouvement du 20 février espère que son appel au boycott sera entendu.
«Nous n’avons aucune garantie de transparence et nous avons déjà constaté de nombreux dérapages», explique Najib Chaouki, l’un des leaders. Durant la campagne, une centaine de militants appelant au boycott ont été arrêtés. Presque tous ont été relâchés, certains après avoir été passés à tabac.