Ligne 27, arrêt Barde. Zone grise, béton devant. Le Lignon. Béton à droite et à gauche. Zone industrielle. Au 73 route du Bois-des-Frères, en revanche, il y a de la forêt derrière la route. On passe le portique d’entrée du festival pour se retrouver sur la pelouse. Un brin humide. Quelques nuages au-dessus. Le calme serait olympien s’il n’était la sono qui crache des riffs de guitares électriques. Ce soir, c’est festival.
Dans ses nouveaux quartiers, pour la deuxième année consécutive, Vernier sur Rock a pris des airs de fête champêtre bon enfant. On est bien là, entre deux stands de boissons et les toilettes sèches face à la petite scène. En attendant la grande pour le vendredi. Et ce samedi soir, avec le Français Maxime Nucci, alias Yodelice en tête d’affiche. Mais pour l’heure, il n’y a que la petite scène d’allumée: on est jeudi, et le chapiteau coloré accueille un tremplin pour les groupes du cru. Voilà la bonne idée du festival. La manifestation verniolane, 27?ans d’âge, un gros trou financier finalement comblé, a trouvé avec la promotion de la scène locale une raison d’être plus qu’honorable. Et les quelques centaines de personnes présentes jeudi de lui donner raison.
«The» fait du rock en anglais
Ce soir-là, cinq groupes genevois se partagent le plateau. Vingt minutes chacun. Ça paraît peu, mais c’est déjà pas mal pour se faire une idée de leur savoir-faire. On est frappé par la qualité des musiciens. Majoritairement rock, joyeusement énergiques, les formations en présence, si elles restent encore inconnues du grand public, s’avèrent du meilleur tonneau. Chant, instruments, jeu de scène: rien n’a de secret pour ces prétendants à une carrière dans le rock.
Dans la bonne tradition anglo-saxonne, tous ont collé un «the» à leur nom d’artiste. Voici The Babytracks, groupe catalogué indie rock. The Crags, plutôt garage dans l’âme, avec des sons d’orgue Hammond en prime. Ceux-là font déjà état d’une certaine notoriété sur la place. Voici encore The Black Widow’s Project, plus metal dans la forme. The Postmen, qui se présente avec un violoncelle, est le seul groupe à jouer de la pop. Sa reprise de California Dreamin des Mamas And The Papas donne le ton. Fleuri. The Koobiacs, enfin, annonce un registre simplement rock, ni plus ni moins.
Un tremplin, sinon rien
Pantalons noirs bien repassés, cravate et baskets: les Koobiacs, 30?ans de moyenne d’âge, citent comme modèles les groupes internationaux Arctic Monkeys et Interpol. Des seconds, John, Antony, Renaud et Kim, respectivement chanteur, guitariste, batteur et bassiste, qui ont le look. On s’enquiert d’une question brûlante: pourquoi participer à un tremplin, un concours en somme, qui comporte son lot de stress, si pas d’humiliation en cas de défaite?
«Ça fait deux ans qu’on est sorti de notre cave pour se faire connaître, répond Kim. Mais les opportunités de concerts manquent vraiment à Genève. Heureusement, il y a les tremplins, qui essaiment dans le cadre des festivals. C’est la seule chose sur laquelle on peut se rattraper pour espérer devenir pro.» Car tel est bien l’objectif des Koobiacs comme des autres: vivre de leur musique. «Et qu’importe comment! s’enthousiasme Kim. Star, on ne dira jamais non. Le minimum, ce serait au moins d’être reconnus.»
Tous les groupes ont fait leur passage sur scène. Au jury d’arrêter son choix. Attitude, musicalité, originalité des compositions, textes: on juge les «débutants» comme des pros. Verdict: le tremplin de Vernier sur rock a retenu The Black Widow’s Project. Affaire à suivre.