La machine se grippe dans la procédure de nomination du futur directeur de la Comédie. Pour l’heure, sur les trente-deux dossiers qui ont été remis à la Fondation d’art dramatique (FAD) (voir nos éditions du 16 février), seuls treize ont été retenus. Ce premier tri drastique soumis au regard des trois experts appelés à la rescousse (lire ci-contre) a provoqué quelques vagues. Et dévoile des tensions gênantes au sein de la FAD, chargée d’examiner les candidatures.
Des premières critiques sont aujourd’hui formulées de la part de la représentante de l’Etat de Genève au sein de la commission de la FAD. La directrice du Service cantonal de la culture, Joëlle Comé, confirme avoir remis une lettre au président de la FAD, Bernard Paillard, avec copie au conseiller d’Etat Charles Beer. «J’ai quelques inquiétudes», explique-t-elle tout en soulignant des dysfonctionnements dans la procédure.
Le rôle des experts
«J’estime que des affinements doivent être apportés sur des points importants». Quels sont-ils? «Tout d’abord, le cahier des charges du nouveau directeur doit être mieux défini. Il s’agit de trouver une personne censée diriger l’institution du boulevard des Philosophes. Mais pas uniquement. Elle doit aussi pouvoir adhérer au projet de la Nouvelle Comédie et le défendre. L’enjeu est de taille. Il doit être clarifié», explique la représentante de l’Etat.
Autre point sur lequel Joëlle Comé souhaite plus de précision: le rôle des experts. «Il est clair que dans une commission de milice, le regard de personnes qui ont des compétences dans le domaine artistique est nécessaire. J’aurais préféré davantage de spécialistes, d’artistes internationaux qui puissent détacher les lignes de force des dossiers. Par ailleurs, comment interviennent-ils? A quel moment de la procédure doivent-ils être consultés?» interroge-t-elle. «Tout cela n’est pas clair, et mérite qu’on s’y attelle avec plus de précision.»
La directrice souligne encore une surreprésentation des syndicats au sein de la commission. Ces dysfonctionnements doivent-ils, aux yeux de Joëlle Comé, interrompre le processus? «J’espère que nous trouverons un arrangement», avance-t-elle, tout en soulignant que les reproches formulés seront l’objet d’une discussion lors de la prochaine réunion de la Commission de la FAD, prévue lundi 22 mars.
Doutes et stupéfaction
Au beau milieu d’un recrutement ces reproches ont valeur de charge. Surtout qu’ils émanent de l’instance qui représente 30% de la subvention allouée à la FAD, soit 2,2 millions de francs.
A la Ville de Genève, Jean-François Rohrbasser, également membre de la commission de la FAD, se tient pour l’heure à une déclaration: «Si la procédure qui est en cours peut être affinée, tant mieux! Mais en aucun cas, il ne faut changer les règles en cours de route». Le représentant fait par ailleurs remarquer qu’aucun des candidats n’a contesté le processus.
Quant à Bernard Paillard, président de la FAD, il ne songe nullement à démissionner, et dit vouloir maintenir le cap. «Ces dysfonctionnements auraient dû être réglés à l’interne. S’il faut préciser, affiner, nous ne manquerons pas de le faire.»
Daniel Wolf, l’un des deux représentants des comédiens, est lui aussi stupéfait par la démarche de l’Etat de Genève: «Je ne comprends pas dans quel but et au profit de qui on veut délégitimer un processus en cours.»
Trois experts
Ils ont un rôle consultatif.
Danielle Chaperon, vice-rectrice à l’Université de Lausanne, spécialiste en dramaturgie et histoire du théâtre, Mathieu Menghini, actuel directeur du Théâtre Forum Meyrin, ainsi que Jean Jourdheuil, metteur en scène et maître de conférences au Département des arts du spectacle Paris X, ont été recrutés comme experts dans la procédure de nomination du prochain directeur de la Comédie de Genève. Ils interviennent à titre consultatif auprès de la FAD.
Tous trois ont été entendus sur les treize dossiers retenus pour l’heure. Entre avril et mai, neuf premières auditions sont prévues, confirme Bernard Paillard, président de la FAD.
Cette première sélection, évacuant près des deux tiers des dossiers, ne s’est pas faite sans douleur au sein de la commission de la FAD. Selon nos sources, les experts se sont prononcés tant sur les candidatures locales qu’internationales.
Parmi les noms qui circulent seraient donc toujours en lice Eric Lacascade, Stanislas Nordey, Christophe Perton, Philippe Sireuil, Omar Porras, ainsi que d’autres papables locaux. Et non des moindres. Reste à voir qui sera retenu en juin prochain.