C’est l’image que tout le monde attendait. Que toute la branche espérait. Polanski brandissant son Prix d’honneur, celui qu’il aurait dû recevoir il y a deux ans, en 2009, au lieu d’être arrêté par la police à l’aéroport de Kloten. Deux ans d’attente et quelques heures d’incertitude. Puis finalement, il est arrivé. Royal, les yeux mouillés par l’émotion, surpris de l’accueil qui lui a été réservé mardi soir. Soulagement et émotion. Tels sont les maîtres mots d’une soirée pourtant dominée par le suspense. Car dans les heures qui ont précédé la cérémonie, la venue du cinéaste était encore soumise à conjecture. La direction du festival avait convenu de ne rien communiquer sur le cas Polanski. Du côté du service de presse, aucune information ne filtrait. Une journaliste zurichoise me confiait que tout demeurait ouvert et qu’il était encore possible qu’il annule.
Liste d’attente
Mais dans l’intervalle, les tickets d’accès à l’événement deviennent introuvables sur le bord de la Limmat. Certains invités du festival se trouvent sur liste d’attente. D’autres auraient acheté un billet pour la somme de 77?francs (!). C’est ce que m’apprend quelqu’un du bureau zurichois de SwissFilms. Impossible à vérifier.
Deux heures avant l’ouverture des portes, des équipes de télé s’agitent. Elles seront des dizaines au moment où les premiers invités défilent sur le tapis vert. On reconnaît Lorenz Erni, avocat zurichois de Polanski, ainsi que Corine Mauch, la maire de la ville. En revanche, personne du Département fédéral de l’intérieur. Logique. Une armée de photographes attend également l’invité le plus médiatisé qu’ait jamais eu le festival de Zurich. A 21?h?38, les deux directeurs du festival, Nadja Schildknecht et Karl Spoerri, sont en état d’alerte sur le tapis vert, à l’entrée du cinéma Corso. Des flashs crépitent. Yes, Polanski est là! Costume noir, chemise blanche, tout simple.
Double standing ovation
Il signe d’abord des autographes à ceux qui campent ici depuis des heures. Pendant presque dix minutes. Il pose ensuite pour le traditionnel photo-call. Puis, précédé par une armada de caméras et de photographes, il arrive enfin dans la salle. Première standing ovation. La présentatrice de la soirée prend le micro et annonce: «Cette fois, il est bien là!» Polanski monte sur scène chercher son prix dans la foulée. Deuxième standing ovation, plus longue. A cet instant, l’émotion est palpable. Ce moment est très fort, sa portée symbolique va bien au-delà du cadre de la cérémonie. Le réalisateur est également très ému et masque à peine un sanglot. «Que puis-je dire? commence-t-il. C’est un étrange anniversaire. Il y a deux ans tout juste, j’aurais dû être là. Et puis voilà. C’est un grand moment d’émotion pour moi. Je ne vais pas faire de longs discours. Mais surtout remercier ceux qui m’ont soutenu durant ces semaines de prison passées à Winterthour, y compris le personnel de l’établissement.»
Quelques rires fusent. Polanski les calme. «Ce n’est pas du tout une blague», complète-t-il. Puis il redit son émotion, clame son amour de la Suisse, où il vit (à Gstaad), avant de repartir. Très vite. Photographes et cameramen sont priés de quitter les lieux, un spectateur se voit même confisquer son iPhone.
Car la soirée continue avec la projection d’un film surprise, un documentaire réalisé par un proche du cinéaste, Laurent Bouzereau, intitulé Roman Polanski: A Film Memoir. Il s’agit d’une suite d’entretiens entre les deux hommes, filmés à Gstaad. Le cinéaste y parle de sa carrière de façon chronologique, de sa jeunesse en Pologne à sa libération en 2010 en Suisse. Beau moment, là aussi, car le réalisateur y répond à toutes les questions qu’on se pose depuis deux ans. Ce film sera-t-il diffusé en salles? Pour l’instant, nul ne le sait.