Tennis

Roger Federer doit apprendre à vivre dans l’ombre de Nadal et de Djokovic

Par De notre envoyé spécial Bernard Andrié le 20.05.2011 à 23:05

Pour la première fois depuis 2004, le Bâlois ne figure pas dans le duo des favoris à Roland Garros

Roger Federer n’a pas tout perdu – fors l’honneur – au Foro Italico de Rome, un lieu chargé d’histoire! Sa sortie de route en huitième de finale déjà face à Richard Gasquet ne lui a coûté aucun point ATP. Mieux: après son élimination inattendue à ce stade de la compétition, il est arrivé plus tôt que prévu à Paris. Lundi il échangeait déjà des balles avec Severin Lüthi sous le regard attentif de Paul Annacone.

Le Bâlois a toujours la cote à Roland Garros. Le public parisien lui fait des yeux de Chimène. Cette marque de reconnaissance lui va droit au cœur au moment où le duo Novak Djokovic/Rafael Nadal évolue en pleine lumière. Et lui forcément de l’ombre! Cette nouvelle donne n’empêche pas Roger Federer de dormir du sommeil du juste. En apparence en tout cas! «Ils méritent bien de focaliser l’attention de tous les médias, reconnaît-il. Mais mon objectif ne change pas pour autant: je veux redevenir No 1 mondial.»

Federer en retrait

Cette dernière petite phrase lâchée au détour d’une conversation ne change pas le scénario écrit d’avance du millésime 2011 – que l’on espère fameux – de Roland Garros: la victoire ne devrait pas échapper à Rafael Nadal, quintuple vainqueur et qui rejoindrait du coup Björn Borg dans la légende, ou à Novak Djokovic, en état de lévitation depuis le début de l’année. Le nom de Roger Federer n’apparaît qu’en troisième position sur la liste des favoris. Affirmer haut et fort cette évidence ne constitue pas un crime de lèse-majesté.

Le No 3 mondial évolue, aujourd’hui, largement en retrait des deux meilleurs joueurs du monde. Cette impression, confirmée par les chiffres de l’ATP Tour – 8390?points contre 11?665 à Djokovic et 12?070 à Nadal en date du 16 mai – saute aux yeux. Elle ne condamne pas pour autant le Bâlois à jouer un rôle de simple faire-valoir. A ses yeux bien sûr! En cas de défaillance bien improbable – sauf problèmes physiques inattendus – en cours de route du duo des intouchables, il pourrait revendiquer une place en finale, voire mieux si entente.

Comme Sampras

Mais ce scénario en or ressemble surtout à de la politique-fiction. Car Roger Federer ne domine plus son sujet comme dans les folles années 2005 à 2007. Il faut se faire une raison, ces temps-là sont révolus. A bientôt 30?ans, et sans vouloir parler de déclin, le plus grand joueur de tous les temps a son avenir derrière lui. Comme à l’époque Pete Sampras, déclinant à l’approche de la trentaine.

Aujourd’hui, le No 3 mondial peut tomber au champ d’honneur sans crier gare. A Roland Garros, il n’est pas à l’abri d’un coup de Trafalgar avant les quarts de finale. Jürgen Melzer et Richard Gasquet ont ouvert la voie à Monte-Carlo et à Rome. D’autres joueurs, pas forcément terriens purs et durs, pourraient, qui sait, les imiter. A commencer par Feliciano Lopez, qu’un coquin de sort lui a réservé comme adversaire au premier tour. Or, il y a trois semaines à Madrid, l’Espagnol, matricule 41 à l’ATP, avait pourri la vie de Roger Federer pendant trois sets (7-6, 6-7, 7-6) au premier tour. Un rappel en forme d’avertissement!