Avec l’arrivée de la neige, la vallée de Joux semble en hibernation. Mais sous leur cape blanche, certaines entreprises bouillonnent de projets, à l’image de Valtronic Technologies, fabricant d’implants et de composants électroniques, principalement dans le domaine médical. Fondée en 1982, l’entreprise des Charbonnières réapparaît sous les feux de l’actualité alors que son directeur général, Peter Ruppersberg, lui a redonné un nouvel élan.
Ce médecin et professeur de biophysique allemand a acquis l’entreprise vaudoise en février 2010 avec des amis investisseurs, à travers la société Patrimonium. Consultant d’une banque pour le secteur des entreprises médicales, il a découvert la firme à travers un concurrent d’outre-Rhin. Valtronic avait le profil idéal alors qu’elle végétait après sa fusion (2007) avec AP Technologies, filiale de l’horloger Audemars Piguet, notamment spécialisée dans les implants orthopédiques. Peter Ruppersberg voit dans la région lémanique «un esprit global» avec un savoir-faire local, particulièrement propice au développement d’une telle activité.
«Nous voulons grandir, ici», dit-il. En moins de deux ans, quelque 25 ingénieurs ont été engagés, ce qui porte à 150 le nombre de collaborateurs à la vallée. Un chiffre qui pourrait grimper à 200, voire 250 ces prochaines années.
La croissance, tel est le maître mot du directeur général. Son business plan doit lui en donner les moyens. L’exercice 2011 est déjà en ligne avec cet objectif puisque le chiffre d’affaires devrait avoisiner 50 millions de francs contre 43 en 2010. Paradoxalement, Valtronic – qui produit aussi aux Etats-Unis et au Maroc – retrouve un chiffre atteint à la fin des années 80, en plein succès, avant de retomber suite à une crise de croissance. Rien de cela ne devrait lui arriver, à entendre le patron allemand. Il a vécu cette année des mois difficiles, mais en décembre, les commandes «c’est une folie». Au point que l’entreprise travaillera en trois équipes de huit entre Noël et Nouvel-An! Après avoir épuisé leurs stocks, les clients doivent bien reprendre la production. Les fabricants du domaine médical sont en effet moins sensibles aux crises. Par exemple Medtronic, pour qui la société de la vallée de Joux fabrique des composants pour un appareil hospitalier d’autotransfusion sanguine.
La liste des produits Valtronic est longue: implants actifs insérés dans le corps humain (micro-appareils auditifs, etc.), imagerie médicale (échographies), implants orthopédiques et pièces médicales (crochets, plaques, tiges sensibles). Pour d’autres branches également, elle fait des circuits imprimés, des composants mécaniques et électromécaniques (freins et suspensions pour les autos, camions ou avions, pièces de satellite, etc.).
Aujourd’hui, insiste Peter Ruppersberg, Valtronic n’est plus focalisé uniquement sur le produit, mais d’abord sur le client, avec qui sont conçus les produits et qui détient les brevets. Une façon de faire que l’entrepreneur compte reproduire ailleurs qu’en Suisse, principalement dans les marchés émergents. Des discussions sont déjà en cours pour construire des usines en Chine – où il y a déjà un bureau de vente – au Brésil et même en Russie si les conditions le permettent. Il n’est pas question d’une délocalisation mais d’une filialisation de cette production au cœur des marchés qui offrent de gros potentiels. Des vendeurs engagés par Valtronic y sont déjà actifs. Premier objectif annoncé: 150 millions de chiffre d’affaires d’ici à 2015. «C’est tout à fait raisonnable. Le marché est là», assure son directeur.