En mai dernier, le chef du Kremlin, Dmitri Medvedev, déclarait que pour lutter contre la pédophilie, il fallait mettre en place un système de castration. Cinq mois plus tard, sans vrai débat public et après de rapides séances parlementaires, la Douma vient de voter une loi conforme à la volonté présidentielle.
«La punition doit être la plus stricte possible. Une approche libérale est ici tout à fait inacceptable», avait insisté Dmitri Medvedev. Dans une assemblée acquise à la cause du Kremlin, les députés ont adopté hier une loi permettant de condamner à la castration chimique obligatoire des pédophiles reconnus coupables de crimes sexuels sur des mineurs de moins de 14?ans.
Le projet prévoit aussi une peine allant jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité pour les récidivistes (contre 20?ans selon la législation actuelle). Des mesures votées à la quasi-unanimité: 322 députés pour, une abstention, aucun contre.
Un thème de campagne
Il ne s’agit que d’un vote en première lecture. Mais l’adoption finale de la loi ne fait pas de doute car la Douma comme le Sénat sont contrôlés par Russie Unie, le parti des autorités. Or celui-ci est en pleine campagne électorale. A deux mois des législatives et avant la présidentielle de mars prochain, les réformes contre la pédophilie largement couvertes par les médias télévisés publics sont un bon moyen de gagner en popularité, tout en faisant passer au second plan les problèmes économiques et sociaux.
«L’adoption de cette loi est la réponse de la société face à l’augmentation du nombre des crimes sexuels sur les mineurs», a ainsi expliqué hier sur tous les écrans Oleg Morozov, député de Russie Unie.
La Russie, où les statistiques officielles ont compté 9500 crimes sexuels sur des mineurs en 2010, n’est pas le premier pays à prévoir la castration chimique. La pratique d’un traitement inhibiteur de la libido permet de diminuer l’appétence sexuelle par l’administration de substances hormonales. Elle est déjà courante dans certains Etats américains depuis les années 1990.
En Europe, elle est utilisée dans plusieurs pays du Nord de l’Union tels que l’Allemagne, le Danemark, la Belgique, la Pologne. Mais elle n’y est pas imposée. En Allemagne, par exemple, des condamnés peuvent choisir cette option pour obtenir en échange des réductions de peine. En Belgique, le juge peut accorder une mise à l’épreuve incluant un traitement qui peut inclure une castration chimique. Au Danemark, l’accord du condamné est pareillement indispensable. En France, c’est aussi sur la base du volontariat.
Une seule voix critique
La loi russe, elle, paraît plus stricte. Elle stipule que le tribunal devra s’appuyer sur l’avis de médecins. La condamnation à la castration ne pourra être obligatoire que pour les coupables ayant été diagnostiqués avec des problèmes psychologiques par des médecins. La base du volontariat ne concerne que les autres cas. «Parfois, pour combattre des maux sociaux, on mène des campagnes qui peuvent mal finir», a prévenu Vladimir Loukine, l’ombudsman des Droits de l’homme. Une rare voix critique qui, à Moscou, a appelé à la prudence.