«Je vais devenir fou», twittait Andreas Baum, tête de liste du Parti pirate, en lisant les projections des résultats de son parti dimanche soir à Berlin. Avec 8,9% des voix, les pirates ont abordé le parlement de la capitale avec succès. S’y maintiendront-ils? C’est une autre histoire. Ils ont attiré les voix de plus de 20?000 «habituellement non-votants», de 13?000 électeurs du SPD et de 16?000 des Verts dans un vote de protestation avant tout. Seulement 10% de leurs électeurs les auraient choisis pour leur programme.
Les pirates ne sont pas (encore) des professionnels de la politique. Andreas Baum, 33?ans, technicien en électronique, avait pris congé pendant sa campagne électorale.
La «transparence» est son premier souci. «Comment peut-on faire pour concrétiser au parlement local le souhait des Berlinois de mieux participer à la vie politique?» insistait-il hier. Il est interdit de twitter au parlement de la ville-Etat, par exemple. Andreas espère bien que cela changera. Mais en attendant, il utilisera le blog sur lequel les députés pirates «rendront compte en permanence de ce qui se passe en séance plénière ou en commissions».
Les pirates sont issus d’une autre culture que leurs collègues. Ils «vivent avec internet», qu’ils utilisent comme moyen de communication et d’échange permanent, quand les partis établis débattent encore de ses «dangers». Une pétition lancée en mai 2009 sur le réseau par une jeune internaute, Franziska Heine, leur démontra leur force. Elle s’insurgeait contre le projet du gouvernement Merkel d’interdire l’accès aux sites web suspects de pédophilie. La pétition a recueilli 13?4000 signatures «online» avant d’être déposée au Bundestag. La loi fut finalement abandonnée.
Privatiser la religion
Le Parti pirate prône l’accès gratuit à internet comme les transports de proximité gratuits, la communalisation de l’eau et un revenu minimum pour tous, un professeur pour 15 élèves ou le développement durable. «Evidemment, nous manquons encore de réponses ou de connaissances sur nombre de points, explique Andreas Baum. Mais même si nous avons notre propre opinion, nous voulons forger un point de vue commun en en débattant avec nos adhérents.»
On ne compte qu’une femme pirate sur les quinze députés berlinois, ce qui fait tout de même vieille école. Mais le parti est aussi «contre la classification des individus en sexe masculin et féminin», trop simpliste à son goût, et veut en «abroger la mention sur les cartes d’identité». Il voudrait également «privatiser la religion», supprimer son indication dans les déclarations fiscales et mettre fin à la levée de l’impôt religieux par l’Etat pour les Eglises. Un profil radical qui explique aussi le succès du Parti pirate à Berlin, métropole multiculturelle où la communauté du net est puissante et des milliers de jeunes rétifs aux valeurs établies.