Depuis la décision de la Banque nationale suisse (BNS) de fixer un cours plancher pour l’euro, le?6 septembre dernier, certains esprits se sont vite échauffés, voyant revenir les spectres de l’inflation et de la baisse du pouvoir d’achat des Suisses, mais s’imaginant surtout un établissement rendu exsangue par une accumulation de pertes.
Comme le rappelle le chef économiste d’UBS, Andreas Höfert, la BNS ne peut pas faire faillite, puisqu’elle a la capacité de créer de la monnaie ex nihilo. Par ailleurs, les chiffres présentés hier par l’institut bancaire contredisent, pour le moment, le pessimisme ambiant.
Après avoir accumulé les pertes comptables, la BNS renoue effectivement avec les gains. Elle enregistre au cours des trois premiers trimestres de 2011 près de 6 milliards de francs de bénéfices comptables. Pas encore de quoi crier victoire, au vu des 21 milliards perdu en 2010, mais suffisamment pour soulager les esprits, puisqu’il y a encore trois mois, la Banque nationale affichait des pertes (toujours comptables) de plus de 10 milliards.
Cette situation plus favorable, la BNS l’explique à l’aide de deux facteurs. En premier lieu, l’envolée constante de l’or, depuis le début de l’année, a abouti à une plus-value de 5 milliards. Ensuite, les pertes de change, estimées à 4,7 milliards, ont été compensées par les positions de l’établissement dans d’autres monnaies étrangères.
Cette remontée des abysses comptables par la BNS remet surtout en lumière le choix récent d’arrimer le franc à l’euro. Grâce à cette mesure, la devise européenne a repris du poil de la bête. Mais à quel prix? «En regardant les variations du taux de change et en suivant aussi l’évolution des réserves monétaires, il est possible d’estimer que la BNS a grosso modo engagé sur le marché des changes au maximum 15 milliards. À mon avis, cette somme s’approche davantage des 10 milliards», explique Andreas Höfert, qui ajoute que «cela signifie que l’effet d’annonce a suffi et que le marché a fait une grande partie du travail à la place de la BNS». Sus donc aux rumeurs de ressources monétaires énormes dont aurait eu besoin la BNS pour maintenir l’euro à 1?fr.?20.
L’établissement bancaire est toutefois marqué par une importante chute de ses fonds propres, passant de 63 milliards de francs fin 2009 à 45 milliards aujourd’hui. Cette baisse n’inquiète pourtant pas le chef économiste d’UBS: «Il ne faut pas traiter une banque centrale comme une banque normale. Les fonds propres d’une banque, ce sont ses réserves en or et ses réserves de change exprimées en francs suisses. Pourquoi cette baisse serait-elle inquiétante? Croyez-vous que, du jour au lendemain, la BNS puisse se mettre en faillite et déclarer qu’elle ne peut plus imprimer de billets?»
Prudente, la BNS prévient déjà que seule la fin de l’année confirmera si oui ou non les temps difficiles sont bel et bien derrière elle.