Les propos agressifs du leader libyen ne sont pas une nouveauté. Interrogé par l'ATS, le professeur de droit international Marcelo Kohen rappelle qu'en septembre dernier, le colonel Kadhafi avait demandé aux Nations unies de mettre à l'ordre du jour de l'Asssemblée générale la dissolution de la Suisse.
"Ces actes sont graves. Il existe une menace contre la Suisse. Elle peut effectivement saisir le Conseil de sécurité et lui demander de prendre les mesures nécessaires dans le contexte de ses compétences pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales", affirme M. Kohen.
"Mais dans cette affaire, la Suisse n'est pas totalement blanche et ne peut se poser uniquement en victime", ajoute ce professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève.
Ne pas sous-estimer l'appel de Kadhafi
L'expert pointe du doigt l'affaire des photos d'identité judiciaires d'Hannibal Kadhafi prises par la police durant sa détention à Genève en juillet 2008 et publiées par la "Tribune de Genève" en septembre 2009, photos jugées humiliantes pour la famille Kadhafi.
Dans ce dossier, "la Suisse ne peut pas se contenter de répondre 'une enquête a été ouverte, mais on a rien trouvé'. Ce comportement est inadmissible du point de vue international. Si on ne trouve pas le responsable direct de la fuite, il y a une autorité responsable qui doit faire face", ajoute Marcelo Kohen.
Si l'appel de Mouammar Kadhafi n'a aucun écho auprès des gouvernements arabes, "il ne faut pas pour autant le sous-estimer. C'est un appel qui peut être entendu par des groupes terrosites".
Le professeur de droit international qualifie par ailleurs les interdictions de visas Schengen par la Suisse pour certains ressortissant libyens proches du pouvoir de "dernière erreur de politique étrangère helvétique: faire subir aux autres Européens les conséquences d'une affaire purement bilatérale. Les faveurs reçues de l'Europe auront forcément un prix".
Les musulmans suisses se distancient
"C'est vraiment n'importe quoi. S'il y a problème, il doit être résolu par le dialogue. Kadhafi est hors contexte. Il ne vit pas sur notre planète, il n'est pas du tout crédible", a réagi le secrétaire de l'Institut culturel musulman, Moahmed Karmous, interrogé par l'ATS.
"L'appel de Kadhafi n'a rien à voir avec l'islam", a réagi de son côté Bachir Gobdon, de l'association culturelle somalienne de Zurich. "Cet appel n'est pas tolérable, nous ne voulons rien à voir à faire avec cela", a-t-il ajouté
Selon l'universitaire genevois et président du Conseil des droits de l'homme de l'ONU Jean Ziegler, dans un entretien accordé au quotidien alémanique "20 minutes", ces propos n'ont été prononcés qu'à usage interne, et plus présisément à l'intention de son fils Seif al-Islam.
Seif al-Islam Kadhafi est pressenti pour occuper le deuxième poste le plus important à la tête du pays, celui de "coordinateur des commandements populaires et sociaux", un poste équivalent à celui de chef d'Etat. Selon Jean Ziegler, le numéro un libyen voulait signifier à son fils que le reponsable d'un tel poste se devait de tenir une ligne dure face à l'Occident.
Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a opposé pour sa part vendredi un "no comment" aux déclarations du colonel Kadhafi.