«Achraf est le lion courageux de l’Orient.» Lyriques et disciplinés, les militants des moudjahidines du peuple iranien ont accueilli hier place des Nations, à Genève, leur leader Maryam Radjavi. Pour sa première visite en Suisse, celle qui se fait appeler «Soleil de la révolution» rend ainsi hommage à ceux qui font un sit-in depuis cent jours devant l’ONU pour obtenir la protection, «au nom de la quatrième convention de Genève», du camp d’Achraf en Irak. Là-bas, 3600 militants vivent un blocus permanent, à la merci de forces irakiennes très hostiles au mouvement. Les moudjahidines sont considérés comme terroristes à Bagdad et sont pourchassés par le régime de Téhéran.
«On vous prévient depuis trois ans. Il y a déjà eu deux massacres dont le dernier a fait 35 morts et 350?blessés, le 8 avril dernier. L’ONU et les Etats-Unis doivent prendre leurs responsabilités en assurant la protection des résidents d’Achraf», martèle Maryam Radjavi, impeccable dans son tailleur blanc, la tête couverte d’un foulard du même bleu que ses yeux.
Soutien suisse
La cause d’Achraf a gagné le soutien de parlementaires suisses dont une brochette était montée à la tribune, hier. Demain, ils seront parmi les invités du meeting à l’Hôtel Intercontinental, aux côtés de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt ou des Américains Howard Dean et Patrick Kennedy. Dans son lobbying intense, faisant du camp d’Achraf le symbole de la résistance au régime des «fascistes religieux de Téhéran», Maryam Radjavi a obtenu la signature de 4000 parlementaires des deux côtés de l’Atlantique et celle d’une majorité du Parlement suisse. Ce qu’elle demande: «La protection par des forces des Nations Unies; le statut de réfugié politique pour les résidents d’Achraf; une enquête indépendante sur l’attaque du 8 avril pour juger les responsables.»
A Genève, elle répétait aussi son accord avec le plan européen qui prévoit le départ des Achrafiens vers des pays hôtes. Hier, le conseiller national Jacques Neirynck promettait d’accueillir en Suisse «les blessés et les malades».
Des Polonais en goguette
Au premier rang des quelque trois cents manifestants présents portant pancartes et casquettes jaunes aux couleurs du mouvement, Azadeh est venue de Paris pour faire trois semaines de sit-in, place des Nations. Elle n’a pas vu sa mère enfermée à Achraf depuis 1990. «Nous sommes inquiets», confie-t-elle. Un peu plus loin, très ému, Rez Shemirani, représentant des familles d’Achraf, a fait lui aussi le sit-in à Genève et a connu les geôles des mollahs. Au fond, la présence d’autres personnes agitant des oriflammes à l’effigie de Maryam Radjavi paraît plus incongrue. Une cinquantaine de Polonais qui ne comprennent ni le farsi ni le français ont pris un bus affrété par les moudjahidines pour un séjour de trois jours, tous frais payés, à Genève. De jeunes Afghans venus des Pays-Bas, dont les traits pourraient vaguement les faire ressembler à des Iraniens ont eux aussi profité de l’opportunité pour faire de la figuration. La «Sécurité» des Moudjahidines intervient en douceur pour couper court aux questions. «Nous ne savons pas qui les organisations locales font venir», se défend Shahin Obadi du Conseil national de la résistance, interrogé à ce propos. Les moudjahidines n’ont de toute façon pas besoin de cela pour demander à Genève, ville des droits de l’homme, «la liberté pour Achraf, la liberté pour l’Iran».