Bande dessinée

Spirou largue les amarres avec Fabrice Parme

Par PHILIPPE MURI le 01.05.2010 à 00:00

Le dessinateur revient aux sources de la série. Trondheim assure le scénario.

Au Salon du livre, on se l’arrache. Septante-deux ans après sa création, Spirou a toujours la cote. Mais quel Spirou? Propriété de son éditeur, Dupuis, le personnage a connu bien des avatars. Avec Lewis Trondheim au scénario, le Français Fabrice Parme en donne une vision burlesque et trépidante dans Panique en Atlantique. Un épisode qui s’inscrit dans la collection Le Spirou de…, une série de récits uniques permettant à différents auteurs d’interpréter le groom à leur manière, le temps d’un album.

Reprendre Spirou, même le temps d’un épisode, cela correspondait à un rêve de gosse?
C’est Lewis Trondheim qui est arrivé avec cette idée. Personnellement, cela me paraissait surréaliste. Un peu comme si on m’avait dit que je venais de gagner au loto. Dessiner Spirou, c’est un truc énorme.

Difficile de manipuler un personnage culte?

La contrainte ne venait pas de l’éditeur, même si nous n’avions pas le droit – pour des raisons contractuelles – d’utiliser le Marsupilami. Pour le reste, nous disposions d’une large marge de manœuvre. Le problème, c’est que personne n’a la même vision de Spirou. Au fil des reprises, il y a eu de nombreuses variations, que ce soit graphiquement ou dans le ton donné aux histoires.

Comment contenter les nostalgiques du Spirou de Franquin – ce récit situé en 1960 leur parle forcément – et les jeunes lecteurs d’aujourd’hui?
On ne peut pas contenter tout le monde. Avec Trondheim, nous avons pris le parti de situer le personnage dans les années 50-60. Pour Panique en Atlantique, j’ai picoré des éléments chez Franquin et les ai intégrés à ma façon de dessiner. Ce sont de petits détails, des jeux de signes. Une manière de placer la bouche ou les yeux, d’esquisser la forme du visage. De la chirurgie esthétique, finalement. Au début, le résultat ressemble un peu à la créature de Frankenstein, il y a des grosses coutures, ça ne marche pas bien. Mais à force de faire des gammes, on finit par le dessiner naturellement.

Avec le temps, le personnage de Spirou avait perdu passablement de son innocence. On sent de votre part une tentative de retour aux sources…
Oui. Déjà, dans cet épisode, Spirou exerce son véritable métier de groom. Ce n’est plus un aventurier qui se promène à travers le monde dans une Turbotraction. Spirou a été longtemps une série pour enfants, jusqu’à ce que Tome et Janry la fassent basculer vers quelque chose de plus ado-adulte. Avec Lewis, on a effectivement voulu revenir à cette dimension bon enfant, plus insouciante et assez feuilletonesque des bandes dessinées des années 50-60. Une forme de candeur, voire de naïveté assumée.

Qu’est-ce qui vous dérange dans la vision plus ado-adulte qu’ont, de Spirou, de nombreux auteurs?
Le fait notamment qu’ils veuillent donner une sexualité à Spirou. Ce n’est pas que je sois prude. Mais j’aimais bien dans le Spirou que je lisais enfant son côté asexué. Avec Fantasio, ils habitent dans la même maison, ils logent dans la même chambre, mais il n’y a pas d’ambiguïté. Il est question d’amitié tout simplement.

Comment vous y êtes-vous pris pour recréer l’ambiance à la fois rétro et moderne qui émane de «Panique en Atlantique»?
J’ai passé beaucoup de temps à regarder des films de Stanley Donen comme Charade. J’ai aussi revu des longs métrages de Billy Wilder, de Blake
Edwards. Et même Play Time de Tati. Je visionnais ça en boucle pour me mettre dans l’ambiance. De la même façon, j’écoutais Burt Bacharach, Henry Mancini, voire les Beatles, pour m’imprégner du ton de cette époque-là. J’ai passé aussi énormément de temps à me documenter, pour voir comment étaient dessinés les vêtements et les meubles de cette époque, quelles coupes de cheveux les gens arboraient. A l’arrivée, j’ai mélangé des objets et des formes de quasi deux décennies.

« Panique en Atlantique», Le Spirou de Fabrice Parme et Lewis Trondheim. Ed. Dupuis.

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