Ponctuel, Marc Levy n’a pas manqué son rendez-vous annuel avec les lecteurs: un nouveau roman pour l’été, qu’il préfère à la rentrée de septembre. Voici donc Le voleur d’ombres, dans lequel le romancier français qui vit à New York et qui vend des livres dans le monde entier se pose une question qui nous a tous traversé l’esprit un jour: «Et si l’enfant que vous étiez rencontrait l’adulte que vous êtes devenu…»
Vous souvenez-vous du moment où vous avez su que cette idée deviendrait un roman?
Un jour, dans un parc, j’ai vu un grand-père et son petit-fils assis sur un banc. Leur ressemblance était touchante. Mais ce qui était étonnant, c’est que le petit garçon semblait très sérieux alors que le vieux monsieur avait l’air jovial. Cette inversion de situation m’a poussé à me poser cette question: et si l’enfant que nous avons été rencontrait l’adulte que nous sommes devenu, s’entendraient-ils bien ensemble?
Alors, est-ce que le petit Marc s’entendrait bien avec le Marc auteur de best-sellers?
Je pense que je ne l’ai pas trahi. J’étais un peu comme mon personnage, un enfant timide, rêveur, assez solitaire. Mais, contrairement à lui, mes parents étaient très unis.
On a l’impression que vous ne manquez jamais d’idées parce que vous ne vous interdisez rien et que les choses les plus extravagantes qui vous passent par la tête peuvent devenir un roman…
Absolument. L’important est de regarder ce qu’on écrit, pas de se regarder écrire. La seule chose que je m’interdise est de reprendre quelque chose qui a déjà été fait. J’aurais adoré, par exemple, retravailler le thème de Replay, de Ken Grimwood: l’histoire de cet homme qui meurt à 43?ans et a la possibilité de recommencer sa vie avec toute l’expérience de celle qu’il a déjà vécue.
Chacun de vos livres a remporté un énorme succès. Continuez-vous à avoir le trac lorsque vous publiez un nouveau roman?
Enormément. C’est comme pour un spectacle, même si tous les tickets ont été vendus, cela n’empêche pas l’artiste d’avoir le trac.
Envisagez-vous parfois que vous puissiez ne plus avoir d’idées ou que le lecteur n’aime plus vos livres?
Bien sûr, mais il y a trop de choses et de gens qui comptent dans ma vie pour que cela soit une catastrophe. Ce n’est pas une maison qui brûle: ce que vous avez vécu, vous l’avez vécu.
Y a-t-il un de vos livres que vous préférez?
J’ai toujours un attachement pour le dernier. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir accompagné ce personnage à l’aéroport ou à la gare et que je ne vais plus le voir pendant longtemps.
Ecrivez-vous toujours de la même manière? Suivez-vous un rituel?
En général, je consacre quatre mois à l’écriture de mon roman, en travaillant de dix à quinze heures par jour, sept jours sur sept. Certains livres ont nécessité de la documentation, d’autres n’en ont pas besoin, comme Le voleur d’ombres. Certaines idées ont mûri pendant plusieurs années, d’autres deviennent très vite une histoire. Et j’adore ce que je fais, j’espère que ça durera le plus longtemps possible.
Vous êtes devenu écrivain grâce à votre fils Louis, à qui vous racontiez des histoires. Aujourd’hui, vous venez d’avoir un bébé. Aimeriez-vous écrire pour les enfants?
J’y ai souvent pensé. Mais c’est encore mieux d’écrire pour les deux: j’ai des lecteurs de 11-12?ans. Et d’autres de 85?ans!
- Le voleur d’ombres, Marc Levy. Robert Laffont. 274 p.