En 1997, le bouche à oreille finit par imposer Louise Attaque comme nouveau grand groupe de rock français. Succès phénoménal pour cette formation parisienne. Entonné d’une voix nonchalante sur une cadence frénétique, un refrain fera date: «Je voudrais que tu te rappelles/Notre amour est éternel/Et pas artificiel!» J’t’emmène au vent, une adolescenterie bonnarde non dénuée de piquant, imposera également une signature vocale facilement reconnaissable, celle de Gaëtan Roussel, guitariste et compositeur de Louise Attaque.
Les années ont passé. Les lauriers pleuvaient encore que le groupe prenait «des vacances». Et le grand Gaëtan d’écrire et de coréaliser le dernier Bashung, Bleu pétrole, paru en 2008. On connaissait Bashung pour ses choix éclairés en matière de collaborateurs. Adoubé de la sorte, l’ado Roussel s’est mué en homme du moment. Son premier album solo fait donc office d’événement.
La chose se nomme Ginger. Avec «G», comme dans Gaëtan. En anglais, parce que c’est à l’aune du rock anglo-saxon que le trentenaire a fourbi ses guitares. Et parce que Ginger veut aussi dire roux. Comme la tignasse de Roussel. Interview.
Pourquoi enregistrer sans Louise Attaque?
Il y a trois ans, on s’est mis en pause. Chacun est parti vadrouiller. Pour ma part, j’ai essayé de collaborer avec d’autres gens. Petit à petit, ça a donné ce disque. Solo, mais pas du tout solitaire. Je voulais appréhender la musique plus par le son, la matière sonore, les rythmes. Je suis allé voir les gens qui ont cette culture-là. C’est une approche que l’on peut dire anglo-saxonne. Je ne suis pas en rupture. J’essaie d’avancer.
L’expérience Bashung, a-t-elle été le déclic?
C’est la première fois que j’étais tout seul. Ce que j’ai appris, c’est la démarche. La manière de faire un disque en provoquant des frottements entre ses propres idées et celles des autres. S’il y a une constante, c’est ce choix de tout s’autoriser. Chanter du français, mais en y adossant des mots anglais que l’on interprétera à sa guise. Parfois, on est dans la sonorité pure. D’autres fois, on est dans le sens. Digérer les influences tout en gardant l’expression française, puisque c’est ces mots-là que je veux chanter, voilà mon projet.
Pourquoi aller vers l’anglais?
Ça me permettait de décaler les chansons, d’utiliser les mots en gimmick, en les répétant. Que ce soit ressenti comme le riff d’un instrumental. L’anglais permet d’autres sons. Ça redéfinit la chanson, son architecture, la tête qu’elle peut avoir.
Le français n’est-il plus le roi de la chanson?
Moins qu’avant. En France, on se décomplexe.
Vous songiez à utiliser un pseudo. Finalement vous signez de votre nom. Mais sans que l’on reconnaisse votre visage. Pourquoi?
«Solo» ne veut pas forcément dire ma gueule, ma gueule! Ça se joue ailleurs, dans la manière dont on peut provoquer des rencontres. Je l’assume complètement, sans me sentir obligé d’y mettre un portrait en couverture.
Gaëtan Roussel, «Ginger», CD Universal, sortie le 15 mars. En concert le 17 avril au Docks, Lausanne.
Critique
Premier effort solo du leader de Louise Attaque, Ginger se présente avec l’audace des expériences multipistes censées contourner toute étiquette préconçue. En résulte une suite de titres piquants dans le registre grunge (le refrain de Si l’on comptait les étoiles), disco rock (le dansant Help Myself) ou minimaliste (le léger et anglophone DYWD). Et si l’acoustique de Louise Attaque, guitares ronflantes et rythme entraînant, a toujours droit de citer, un ailleurs autrement plus séduisant se dessine avec Trouble, lorsqu’intervient une machinerie sonore brassant prog, funk, scratch et consorts. Topo final: Roussel ne se distingue pas par son écriture. Mais l’ensemble a fière allure et les pistes lancées présagent d’un bel avenir. FG
Gaëtan Roussel « Help Myself »