Dix villes, dix-sept chansons. De Get Behind The Mule joué à Tulsa, Oklahoma, un soir de juin 2008 que l’on imagine très moite, à ce Trampled Rose frétillant telle une légère averse portuaire, adressé un mois plus tard au public dublinois, Tom Waits livre les meilleurs moments de sa dernière tournée planétaire.
Glitter And Doom. Littéralement, paillettes et catastrophes. De la poudre aux yeux, en somme. Fidèle à son humour décalé, Tom Waits a concentré sur ce nouveau disque «live» (le deuxième après Big Time paru en 1988) l’essentiel de son grand œuvre.
Carrousel déglingué
En petite formation, avec saxophoniste, clarinettiste, guitariste, bassiste, batteur et claviériste (le chanteur assure le piano), Tom Waits sert ses standards maisons réarrangées de fond en comble. Où l’on reconnaîtra I’ll Shoot the Moon, Make it Rain ou encore Lucky Day.
Tandis que le moins connu Lucinda, présenté il y a trois ans sur un triple album consacré aux fonds de tiroir et autres pépites inédites, fusionne avec un «vrai» standard du temps jadis, le titre Ain’t Goin’ Down to the Well no more, du bluesman afro-américain Lead Belly (1888-1949).
Alors quoi? Le punch incroyable dont Tom Waits fait preuve depuis bientôt quatre décennies (son premier disque remonte à 1973) laisse pantois, une fois encore. Alternant tour à tour blues embourbés, musique de carrousel déglingué ou free-jazz adipeux – rien de novateur, certes – Tom Waits embarque son auditoire pour une autre raison, bien connue elle aussi: sa voix. Caverneuse, grinçante, crachotante, voix d’ours asthmatique ou chant de mulet barrissant. Musicale? A vrai dire, plus le temps passe et plus Tom Waits devient théâtral.
Conteur électrique
Sur scène, Tom Waits raconte. D’autant mieux que la capture «live» s’accompagne des imperfections liées à la scène, échos, encouragement du public, ovation. On écoute et on comprend. Et ce quand bien même on ne saisit – presque – rien du texte, tant la diction reste… étrange. A ce propos, le passage du chanteur au Grand Rex (deux titres sur le disque en témoignent, Falling Down et I’ll Shoot The Moon) avait valu ces mots de circonstance dans Le Monde du 26 juillet 2008: «Tom Waits aurait bien pu passer la soirée à marmonner la recette de l’endive à l’eau, son public l’aurait fêté avec la même dévotion.»
Plus intelligible (le contraire eût été dommage), les Tom Tales, les contes dont fait l’objet le second disque accompagnant cette sortie, présentent les petites histoires dont Tom Waits agrémente les interludes entre ses chansons, posé à son piano.
Pling, plong, vous aimez les vautours? Où l’on apprendra que si les «vultures» passent leur temps en vol, c’est qu’ils n’ont rien à bouffer. «Ça les rend léger.» Au total, la tournée planétaire du Sieur Waits s’achève sur une demi-heure de racontars absurdes enchaînés comme autant de whiskies au bar. Le public en redemande.
Tom Waits, «Glitter And Doom Live» (2?CD Anti/Phonag)