Difficile de ne pas céder à la nostalgie alors que sort le nouvel album de Sade, Soldier of Love , son sixième album studio en un quart de siècle. Une éternité? A 51?ans, la chanteuse semble d’autant plus sortir d’une autre époque qu’à l’heure de ses premiers succès – souvenez-vous de Smooth Operator en 1984 – elle dégageait déjà une forte aura rétro. Contemporaine de Matt Bianco, des débuts d’Everything But The Girl, l’Anglo-Nigériane, fan de Nina Simone, Aretha Franklin, Billie Holiday, modernisait l’imagerie de ses modèles en les lissant…
Sophistiquée, exotique, elle réinventait le cabaret jazz selon les canons pop d’un glamour noctambule et les clichés immortalisés par certaines figures du polar où les chanteuses se devaient de faire briller leur robe bustier dans quelques sombres intrigues urbaines. Voir le rôle d’Isabella Rossellini dans le film Blue Velvet de David Lynch, qui sortait 1986. Le revival rockabilly venait de faire illusion avec les bananes brillantinées des Stray Cats. Sade apparaît en icône pour coiffeurs fifties sur la pochette de son premier album, Diamond Life…
Là où Grace Jones avançait en harpie fashion hypermoderne, Helen Folasade Adu ravivait la flamme passéiste de la femme-enfant mystérieuse et fatalement parfumée. Propulsée en première page des magazines, le mannequin et étudiante en stylisme de la Saint Martin School of Art avait-elle calculé ses effets? A l’en croire, non. «Ce n’était pas du marketing. C’était juste moi. Et je n’essayais pas de promouvoir une image.»
Le Londres funky
Musicalement, la chanteuse, qui écoute beaucoup Curtis Mayfield et Donny Hathaway, était plus proche de la scène soul et funk londonienne de la fin des années 70 que du jazz, même si la quincaillerie clinquante du saxophone émaille ses premiers succès. Derrière son image de papier glacé, Sade vient directement de cette émulsion des musiques black d’avant l’acid jazz, fomentée par nombre d’émigrants. Choriste dans des groupes comme Pride, elle figure par exemple sur la pochette du premier album de Light of the World, première mouture d’Incognito, la formation soul de «Bluey» Maunick.
Vie de famille
Les débuts sont difficiles, la belle mulâtresse se gèle les fesses avec le journaliste de mode Robert Elms dans un appartement de Finsbury Park sans chauffage, où les toilettes gèlent en hiver. Si elle reste fidèle à ses potes musiciens de Pride jusqu’en 1984, sa carrière solo décolle immédiatement. Diamond Life, mais encore plus Promise en 1985 (les titres The Sweetest Taboo, Is it a Crime ou encore Never as Good as the First Time), la propulsent au sommet. Les albums suivants s’écouleront facilement mais ne renouvellent pas la formule et s’attiédissent. Peu convaincante sur scène, avare en interviews, la chanteuse se concentrera ensuite surtout sur sa famille.
? Sade, «Soldier of Love», CD Sony, sortie le 5 février.