«Je veux des nouveaux amis/Des gens en pantalon gris/Des gens qui me rassurent/Des gens en chemise à rayures/Je suis très influençable/Il me faut des gens raisonnables/J’en appelle à de nouveaux potes/Créer une nouvelle époque…»
Ainsi démarre le nouvel album de Pierre Souchon, Piteur’s Friends. Doucement décalé pour les textes, un rien désabusé, voire tragique lorsqu’est abordé le thème de l’anorexie (Fil de fer). Comme papa, en somme. Ou comme Laurent Voulzy. Compositeur de bien des titres d’Alain Souchon (le père) et ami de ce dernier, Voulzy a beaucoup influencé Pierre (le fils) qui a lui-même composé pour son géniteur…
De cette communion artistique intrafamiliale, Pierre Souchon a retiré, au final, matière à réaliser un disque de chanson française largement inspiré de la pop des années 70.
Aîné des fils Souchon (son frère Charles, alias Ours, chante également), Pierre frise parfois le plagiat de Voulzy lorsqu’il aligne les rimes du type «Elle m’installe dans un train-train corail/Pour pas que je déraille» (Mon cœur métronome). Sa voix haut perchée accentue la ressemblance. Cependant, Pierre Souchon défend un univers bien à lui. Plus naïf que son paternel. Plus ludique aussi. Joint au bout du fil, voici ce qu’en dit Pierre Souchon.
Expliquez-nous le titre, «Piteur’s Friends», les «amis de Pierre»?
C’est un clin d’œil à l’humour anglais, à Peter Sellers, aux Monty Python et au film de Kenneth Branagh Peter’s Friends. J’aime rire et faire rire. Mais sans avoir de nez de clown. Comme dans le film, l’histoire d’un type qui invite ses amis dans sa maison de campagne, l’album commence dans le second degré et finit dans le tragique.
Le premier titre fait penser à «Rockollection» de Voulzy. Volontaire?
Lorsque je jouais avec les Cherche Midi, avec Julien, le fils de Laurent Voulzy, on me disait: «Tu chantes comme lui.» Mais c’est inconscient. Je fais de la pop, parce que c’est ce qui m’attire le plus.
Grandir avec un père chanteur vedette, c’est particulier?
Mon père, je le voyais peu. Il était souvent en studio. Et lorsqu’il revenait avec un nouvel album, c’était la fête. Mais il n’y avait rien à la maison qui rappelle ce monde-là. Sinon Laurent, qui débarquait en costard à paillettes. Ma madeleine à moi, ce sont les morceaux de Laurent Voulzy.
Quelle a été votre éducation musicale?
Je me suis formé en autodidacte. Mon père ne m’a pas forcé à faire de la musique. Il voyait bien que le métier était fragile. J’ai appris à composer en écoutant la radio puis en essayant de tout rejouer au piano.
Entre la génération de votre père et la vôtre, le monde de la chanson a-t-il changé?
Avant, avec France Gall, Cabrel, Renaud et Souchon, les chanteurs formaient une famille. Désormais, ce n’est plus le cas. On se renferme. Mais le rôle de l’artiste reste le même. Avec cette différence qu’aujourd’hui, la chanson française est plus dans l’urgence, le grave. Evoquer une pâquerette, allongé sur l’herbe, ça n’est plus possible.
? Piteur’s Friends, de Pierre Souchon, CD Naïve/Musikvertrieb, sortie le 29 janvier.