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Jamie Cullum dynamite le swing

Par FABRICE GOTTRAUX le 31.10.2009 à 00:00

Toujours aussi pétillant, le petit génie du jazz sort «The Pursuit», son 5e album.

C’est à chaque fois pareil. Coupe en pétard, jeans taille basse et visage de minet prépubère, un petit gars débarque sur la scène. On le croirait tout droit sorti d’une comédie musicale de Walt Disney. Ce type va jouer du piano? Du jazz? Vous rigolez…

Et ce qui devait arriver arriva. Et arrive encore et encore. Jamie Cullum, un mètre soixante-deux au sommet des poils, dynamite le jazz vocal, ranimant de vieilles histoires de music-hall pour en extraire la substantifique moelle, jetant des ponts d’apparence facile entre blue note et variété, émerveillant au passage le public des grands festivals, pourtant bien plus habitués aux gros machins garnis de guitares rock’n’roll qu’au swing de grand-papa…

Bref, ce petit gars d’à peine 30?ans est arrivé sur scène, comme en 2005 au Paléo, s’est assis au piano pour entonner Just One Of Those Things de Cole Porter. Miracle. Ou mirage. Les foules se lèvent. Jamie Cullum finit debout sur son tabouret, piétinant l’académisme à grands coups d’espiègleries non dénuées d’érudition…

La suite valait bien un nouvel album, le cinquième. Suivez The Pursuit. Voici I’m All Over, If I Rule The World, You And Me Are Gone… Jeu d’équilibre dans les aigus, plongeons vertigineux vers les graves, ballade, réception moelleuse sur le piano, coup de fouet virtuose, latin jazz, course de swing et finish dans un feu d’artifice sonore invoquant les Beatles et leurs innombrables descendants. The Pursuit, la poursuite: jamais album «pop» n’aura aussi bien mérité tel intitulé.

Car Jamie Cullum, à l’instar des principales têtes de pipes de la relève jazzophile grand public (Melody Gardot notamment), n’a pas oublié de potasser les références populaires du jour. Qu’elles soient hip-hop (We Run Things), electro disco (Music Is Tough) ou brit pop, avec une grosse préférence pour Coldplay (Wheels).

Inspiré par Rihanna

Vous vouliez Daniel Powter dans ses rengaines néoromantiques? Jamie Cullum les sert aussi dégoulinantes, le geste du crooner en plus. Vous rêviez de retrouver cette folie soul qui déborde encore aujourd’hui des années 70? Haro sur Love Ain’t Gonna Let You Down, succédané de musique afro-américaine livré sans l’excitation sexuelle d’origine. Mais tout de même, quelle classe!

Dans son «ADN», comme il dit, Jamie Cullum a le goût de la reprise. Et pas que jazz. Caisse claire et contrebasse à pas de loup, voici Don’t Stop The Music, tube dance de la chanteuse Rihanna, transformé en chanson mélancolique. Belle surprise. Qui en accompagne d’autres. Dont cette ultime étape aussi improbable que réussie: Not While I’m Around, adaptation du thème principal de l’emphatique Sweeney Todd, un «musical» de Stephen Sondheim (1979) adapté il y a peu au cinéma par Tim Burton. Jamie Cullum bouture la chose avec la batterie de Teardrop, de Massive Attack: résultat à crever d’amour! On aime.

Jamie Cullum, «The Pursuit», CD Decca/Universal.

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