Les Islandais l’adorent. Sa cote de popularité caracole à 73% dans les sondages. C’est qu’elle a tant fait pour les aînés, les handicapés ou encore les associations de lutte contre la violence domestique. Ministre des Affaires sociales de 1987 à 1994 et à nouveau depuis 2007, Johanna Sigurdardottir prendra sans doute la tête, aujourd’hui, du gouvernement de crise chargé de sortir l’Islande de la tourmente. Pourtant, c’est une autre raison qui lui vaudra les gros titres internationaux: pour la première fois au monde, une personne ouvertement homosexuelle accédera au pouvoir.
Les Islandais, eux, ne s’en émeuvent guère. Peu importe que Johanna Sigurdardottir se soit mariée en 2002 avec une femme. Peu importe qu’elle ait deux grands enfants d’un précédent mariage. Elle est surtout une politicienne providentielle. Peut-être la seule capable de ramener le calme sur l’île.
Lundi, le gouvernement vient de démissionner en bloc, après des mois de grogne populaire. C’est une colère compréhensible dans un pays qui fut l’un des plus riches du monde: après la faillite des trois grandes banques, l’économie est un désastre.
Exit, donc, la coalition formée par le premier ministre conservateur Geir Haarde avec le parti social-démocrate. En attendant les élections législatives de mai, cette deuxième formation politique est maintenant chargée de composer vite fait une nouvelle coalition avec le parti qui monte: les Rouges-Verts. Histoire de sauver le pays du chaos. Rien que ça.
A Pink Cross, Yves de Matteis y voit un excellent signal. «Ce genre de nouvelle banalise l’homosexualité. On voit bien que ce n’est là qu’une facette de la personne. Et qu’elle l’assume sereinement, sans honte ni provocation. En Suisse, encore bien des jeunes se suicident parce qu’ils souffrent de la pression de leur famille, de leurs camarades ou de l’image de l’homosexualité dans la société. Mais heureusement, cette image s’améliore. Voyez Bertrand Delanoë, maire de Paris. Et chez nous en novembre 2005, Claude Janiak est devenu «premier citoyen de Suisse» en prenant la présidence du parlement. Lors de son discours, il n’a pas hésité à remercier son compagnon.»