SCÈNE

Johannes Heesters, roi de l’opérette filmée sous Hitler, est mort à 108?ans

Par ÉTIENNE DUMONT le 25.12.2011 à 15:49

Le Hollandais avait pris sa retraite en 2008, à 104?ans. Sa santé s’était récemment dégradée. Héros d’un genre non politique, il s’était compromis avec le nazisme.

Il est mort le 24 décembre, quelques jours après avoir fêté ses 108?ans. Johannes Heesters a ainsi pu accomplir une interminable carrière dans l’opérette. Il a arrêté très tard de se produire. A passé 100?ans, l’homme montait encore régulièrement sur scène, pour des rôles il est vrai parlés. Gros fumeur, ce qui peut sembler incompatible, il avait défrayé la chronique il y a deux ans. Le chanteur abandonnait la cigarette pour faire plaisir à sa compagne.

Johannes était d’origine hollandaise. Toute sa trajectoire se sera cependant déroulée en Allemagne. Heesters a bien involontairement posé tous les problèmes que peut poser la fréquentation par un artiste de variétés des dirigeants nazis. Hitler aimait sa voix. Il allait le voir dans des films qui n’avaient rien de politique («Karneval der Liebe» en 1942…). Mais Heesters se montra imprudemment là où il ne fallait surtout pas. On l’a ainsi entendu à Dachau en 1941. Il se produisait devant les SS du camp de concentration…

Une remontée difficile

La remontée après guerre de ce bel homme, qui chantait si bien le rôle de Danilo dans «La veuve joyeuse» (qu’il jouera 1600?fois) se révélera donc très rude. Surtout en Hollande. Ses compatriotes lui reprochaient d’autant plus ses compromissions qu’il n’était pas Allemand. Si Hans Albers, marié une Juive, qu’il lui avait fallu faire passer à Londres, était arrivé à conserver ses distances, pourquoi pas lui?

Il faudra attendre les années 60 et 70 pour que l’homme refasse sa place, dans des émissions nostalgiques de la TV. Heesters était alors installé à Berlin. C’est là qu’il est mort, quatre ans après sa dernière apparition dans un spectacle. Jusqu’à ces dernières années, il était resté dans une forme physique éblouissante. Mais une dégénérescence oculaire l’avait récemment rendu presque aveugle.

Films anodins

Il y a peu des choses immortelles à retenir de ses films, qui restent pourtant agréables à regarder. Citons «Das Hofkonzert» de Douglas Sirk en 1935, «Allo Janine» de Carl Boese en 1939 ou «La Chauve-souris» de Geza von Bolvary en 1945. Dans ce premier de ces films, Johannes donnait à la réplique à la blonde Martha Eggerth. Pourquoi la citer, elle? Parce qu’elle va avoir 100?ans dans quelques jours!

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