Jean-François Carenco: «La France paiera sa part du CEVA»

Par le 18.06.2011 à 18:44

Le préfet de la Région Rhône-Alpes assure que le financement sera complété. La Ville est impatiente d’amorcer la nouvelle Comédie.

Jeudi, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a levé les recours contre le CEVA. A cette annonce, tous les regards se tournent vers la France. Arrivera-t-elle à boucler le financement de son tronçon? Un oui ferme retentit dans le bureau du préfet de la région Rhône-Alpes, la voix de l’Etat français. «Je pense arriver à trouver les 120 millions d’euros manquants, assure Jean-François Carenco. L’Etat, la Région et Réseau Ferré de France payeront la plus grande partie. Je ne demanderai pas un sou supplémentaire à Genève.»

Il garantit la réalisation française du CEVA, mais cherche surtout un accord global sur l’ensemble des dossiers transfrontaliers, objet de négociations franco-françaises et franco-genevoises depuis des mois. Et cela pour le bien de tous, remarque-t-il en poussant un coup de gueule: «J’en ai marre d’un certain nombre de personnes de chez vous xénophobes contre les frontaliers et des gens chez nous qui dénigrent la Suisse.»

A Genève, le combat CEVA marque une trêve estivale. Recourra, recourra pas? De cette décision de saisir la plus haute instance juridique du pays dépendra la date exacte du lancement du chantier.

Cette dernière ligne droite juridique semble s’étendre à perte de vue. Le scénario le plus optimiste: les recourants laissent passer le train express régional. Les travaux peuvent débuter cet automne. S’ils décident toutefois d’attaquer le verdict, ce qui est possible jusqu’à la mi-août, l’amorce d’une liaison ferroviaire franco-genevoise sera encore retardée. Au début de 2012, ou selon le délai imposé aux juges de Mon-Repos pour statuer sur l’effet suspensif. Ce scénario «intermédiaire» ne doit pas faire oublier l’hypothèse d’une contre-attaque payante. Si l’effet suspensif est accordé, le coup d’envoi du chantier serait alors reporté à un horizon beaucoup plus lointain. Rappelons que le TAF, lui, a mis trois ans pour se décider.

«Les considérants font 143 pages», souligne Me Mauro Poggia, documents en main, reçus hier. L’avocat d’une partie des recourants en déduit que les griefs de ses clients ne sont pas dénués de fondement. «Je note également que l’Etat a été condamné à payer certains frais de procédure…» Les anti-CEVA ont, semble-t-il, encore quelques grains à moudre. Le suspense d’un recours reste entier.

Dans le camp adverse, on se prépare à un calendrier serré. «Nous allons nous réunir pour déterminer une stratégie de déploiement», annonce Caroline Monod, porte-parole du projet CEVA. Mark Muller, ministre de l’Aménagement, parle d’une évaluation de la situation à la fin de l’été.

On ne prend aucun risque? Tout dépend de l’endroit par lequel commenceront les fouilles. Certains petits travaux pourraient débuter prestement – symboliquement «dès cet automne», là où une interruption intempestive de quelques mois ne serait pas préjudiciable. Exemple: à la gare des Eaux-Vives, pour le déferrage ou le démontage de pavillons. Ou pourquoi ne pas installer ailleurs les chantiers sans franchement commencer à creuser. «Là encore, il faudra en discuter pour déterminer l’opportunité de commencer telle ou telle opération», insiste Caroline Monod.

Quid d’une nouvelle Comédie, prévue sur le site des Eaux-Vives? «Notre calendrier était calqué sur la décision du TAF en juin, relève Rémy Pagani. Vu le résultat, plus question de reculer.» Le magistrat en charge de l’Aménagement de la Ville voudrait commencer les travaux dans quatre mois, en même temps que les CFF. Ceci, en dépit du devis réassaisonné. En sus des 1,5 milliard du projet s’articule un surcoût de 90 millions. Cette estimation tient compte d’un taux moyen de renchérissement de 1,5 à 2%. Mais contre conjonctures et oppositions, la facture réelle du CEVA ne sera connue qu’à la fin des travaux.

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