Loi sur les armes

Et si l’on interdisait le couteau dans la rue?

Par Judith Mayencourt le 17.01.2011 à 07:13

Face à la hausse des agressions, deux conseillères nationales veulent durcir la législation relative aux armes blanches.

L’une défend l’initiative sur les armes, l’autre la combat. Mais toutes deux en sont persuadées: quel que soit le résultat qui sortira des urnes, le 13 février prochain, il faut aller plus loin. Car pour elles, le nouveau danger s’appelle le couteau. Dans le journal dominical alémanique Der Sonntag, les conseillères nationales Andrea Geissbühler (UDC/BE) et Chantal Galladé (PS/ZH) réclament un durcissement des dispositions légales. Exception faite des petits couteaux de poche, le port du couteau devrait être interdit.

Aujourd’hui, la loi sur les armes prohibe les couteaux pouvant s’ouvrir d’une seule main, les couteaux papillon, les couteaux à lancer et les poignards à lame symétrique. Cela n’empêche pas l’augmentation considérable des bagarres à l’arme blanche, parfois mortelles. Ainsi à Lausanne, en septembre 2009, un jeune requérant d’asile de 17?ans et demi avait poignardé en plein cœur un homme de 25?ans sur l’esplanade de Montbenon en raison, avait-il expliqué, d’un regard mal placé. L’affaire avait secoué la Suisse romande. Et ce n’est pas un cas isolé.

Problème pour la police
Les statistiques de l’Office fédéral de la police le confirment. Les armes de poing sont utilisées dans 5% des agressions, alors que les couteaux se retrouvent dans 13% des cas. L’arme blanche se révèle particulièrement dangereuse: 40% des meurtres sont provoqués par des coups de couteau.

Pour l’UDC bernoise Andrea Geissbühler, policière de profession, c’est aujourd’hui le principal problème auquel sont confrontées les forces de l’ordre. «Enormément de jeunes portent un couteau sur eux lorsqu’ils sont de sortie. Ils nous disent qu’ils doivent pouvoir se défendre», explique la jeune femme dans les colonnes de Der Sonntag, avant de préciser encore: «En règle générale, ce sont des étrangers, des Turcs et des personnes de l’ex-Yougoslavie. Ils sont très susceptibles.»

Un constat que partage son collègue de parti, Yvan Perrin, lui aussi policier: «En boîte, beaucoup de jeunes se baladent avec des couteaux. Ce n’est pas anodin et il faut durcir la loi qui se limite souvent à quelques jours-amendes. Le but n’est pas de savoir si ces jeunes ont l’intention ou non de s’en servir. Il faut punir le simple port du couteau à l’extérieur.» La socialiste zurichoise Chantal Galladé enfonce le clou: «Les couteaux n’ont rien à faire dans la rue. Exactement comme les armes militaires n’ont rien à faire à la maison!»

«Inapplicable»
Une interdiction de plus dans une loi qui vient d’être révisée? Pas sûr que la proposition, que devrait soumettre prochainement au parlement Andrea Geissbühler, soit accueillie avec enthousiasme. Membre de la commission de politique de sécurité des Etats, le sénateur démocrate-chrétien valaisan Jean-René Fournier n’en veut pas. «Ça ne sert à rien de prendre des dispositions qui ne seront pas applicables. Je ne vois pas comment on pourra contrôler si les gens portent une arme ou non. Il faut combattre ce phénomène, mais je crois plus à l’éducation qu’à l’interdiction.»

Le débat qui s’annonce sera sans doute tout aussi polarisé que celui sur les armes à feu.

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