Il n’y a pas que les enfants et adolescents qui souffrent d’hyperactivité, ou trouble déficit de l’attention - hyperactivité (TDA-H). Les adultes aussi sont touchés, et peu sont diagnostiqués et pris en charge. Une nouvelle consultation, la seule en Suisse romande, leur est désormais consacrée et ouvre aujourd’hui, à la rue du 31-décembre. Questions aux deux responsables, les docteurs Patrick Baud et Nader Perroud.
Pourquoi mettre en place cette nouvelle consultation?
Drs Perroud et Baud: Une consultation pour adultes existait depuis plusieurs années [supervisée par le Dr Baud]. Elle n’avait pas un statut officiel au sein de l’Hôpital mais l’importance des demandes de diagnostic et de prise en charge a motivé le Département de psychiatrie des HUG à créer une structure adaptée. Il est aujourd’hui largement admis que plus de la moitié des enfants avec TDA-H présentent encore des symptômes à l’âge adulte. On estime qu’environ 4% de la population adulte en Suisse est concernée par un TDA-H.
Comment se manifeste l’hyperactivité chez l’adulte?
Dr Perroud: On constate des troubles de l’attention, soit des difficultés de concentration ou des difficultés à finaliser des tâches complexes. Cela peut poser problème dans l’activité professionnelle et au domicile, notamment dans la relation de couple. Chez les enfants, l’hyperactivité se manifeste davantage par une attitude turbulente, une agitation.
Dr Baud: Le diagnostic chez l’adulte n’est d’ailleurs pas toujours facile à établir. Dans la majorité des cas, les patients présentent d’autres troubles psychologiques ou psychiatriques, comme un trouble anxieux, une dépression ou des abus et/ou une dépendance à l’alcool et/ou aux drogues. Le trouble n’entraîne pas forcément une agitation «motrice» mais plutôt une agitation «interne», perçue comme pénible: les idées se bousculent, le quotidien est désorganisé.
Comment traiter l’hyperactivité chez l’adulte?
Dr Baud: Le traitement pharmacologique du TDA-H de l’adulte est le même que chez l’enfant, à savoir un médicament psychostimulant (Ritaline ou autre). Son efficacité varie d’un patient à l’autre et en fonction de la sévérité du trouble.
La Ritaline est souvent prescrite à tout va. N’y a-t-il pas une «surdiagnostication»?
Drs Baud et Perroud: Le diagnostic est «à la mode» et il faut prendre garde à ne pas le poser sans une investigation approfondie. En effet, beaucoup d’adultes peuvent avoir la conviction, parfois erronée, de souffrir de TDA-H. Le diagnostic nécessite des démarches cliniques rigoureuses et répond à des critères bien définis.