Alors que l’explosion des coûts de la santé pèse fortement sur les ménages, elle est aussi un facteur de croissance économique et contribue au bien-être de la population, selon une étude commandée par les entreprises pharmaceutiques suisses. A long terme, les avantages sont plus nuancés.
Les dépenses de santé sont en hausse constante: en 2008, elles ont grimpé de 5,9% par rapport à 2007, pour atteindre 58,5 milliards de francs, a rappelé lundi devant la presse à Berne l’Association des entreprises pharmaceutiques en Suisse (vips). Interpellée, cette dernière a chargé l’institut Infras de se pencher sur les conséquences de cette évolution.
L’enquête montre d’une part que les coûts de la santé font peser sur les ménages une charge financière «non négligeable»: même après réductions de primes, les dépenses consenties dans ce domaine représentaient en 2007 environ un septième du revenu disponible. Les ménages à faible revenu et ceux avec enfants sont les plus touchés.
PIB en hausse de 0,3%
Les dépenses de santé élevées ont cependant aussi du bon, selon les résultats de l’enquête: une augmentation des coûts de la santé de 5 milliards de francs ferait croître de 0,3% le PIB. Quant au taux d’emploi, il s’élèverait de 0,53%, soit 17’000 équivalents plein temps.
Ces effets positifs, l’étude les explique par le fait que le secteur de la santé recourt moins aux importations que les autres branches économiques en Suisse. Le PIB est par conséquent accru de 0,16%. L’intensité de création de valeur et de main-d’oeuvre est, elle, en moyenne plus forte dans le domaine de la santé et y progresse donc plus vite.
L’explosion des coûts de la santé profite surtout aux prestataires intermédiaires, tels que l’industrie de précision, les assurances, la recherche-développement, la chimie-pharma, ou encore les sous-secteurs de la santé. Du côté des branches perdantes, infras cite la formation, l’industrie mécanique, l’immobilier et la restauration, très axés sur la consommation finale.
Etudes plus poussées exigées
La vips note qu’à long terme aussi la hausse des dépenses de santé «tend à avoir un impact positif sur l’économie». L’état de santé des habitants est «en principe» amélioré, contribuant à la productivité du travail et donc à la croissance.
Ramenées à un pays très développé comme la Suisse, ces conclusions doivent être nuancées, admet l’association. Premièrement, la santé de la population est influencée par d’autres facteurs tels que la formation ou l’hygiène. Deuxièmement, lorsque le niveau de santé d’un pays est déjà élevé, les améliorations supplémentaires ne contribuent plus que de façon marginale à la croissance.
Reste qu’un état de santé accru, gage d’une espérance et d’une qualité de vie plus grandes, apporte davantage de bien-être à la population, conclut l’étude. Et la vips de proposer la conduite d’enquêtes plus approfondies, qui permettraient «d’étayer de manière plus nuancée encore ces effets fondamentalement positifs».
Cet appel à la poursuite des recherches est soutenu par le chef de la Direction de la politique économique au Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) Aymo Brunetti et par la conseillère nationale Marie-Thérèse Weber-Gobet (PCS/FR). Lors de la présentation de l’étude, tous deux ont notamment regretté qu’infras n’ait pas pris en compte les coûts d’opportunité.