Le Gripen, il n’y avait pas pire choix: c’est celui qui ne satisfait personne. Les spécialistes de la chose militaire deviseront encore longtemps des mérites opérationnels des différents avions de combat en lice. Pas le ministre de la Défense, qui invoque comme argument numéro 1 le prix de l’avion.
La Suisse s’apprête à dépenser plus de 3 milliards de francs, et peut-être à devoir économiser sur les infrastructures et la formation, pour un appareil aux performances – semble-t-il – suspectes, mais au prix «discount»! Même les partisans les plus motivés de la nécessité de cet achat auront du mal à convaincre le Parlement. Puis le peuple, si un programme d’économies est agendé avec un référendum à la clé.
Comment en est-on arrivé là? Les explications d’Ueli Maurer ne persuadent pas davantage. Et en tout cas pas les défenseurs de l’armée de l’air. Le Gripen suédois acheté sera un développement de l’appareil qui a fini dernier des évaluations. A quoi a donc servi cette procédure (coût: entre 50 et 100 millions) si, in fine, l’armée suisse prend le pari d’un modèle qui n’«existe encore que sur papier», selon Ueli Maurer?
Et comment va-t-on le payer? Le plan de financement est encore à venir. Les discussions vont donc reprendre de plus belle au sein de la classe politique et de l’opinion publique. Mais il faudra satisfaire à ces interrogations en suspens. L’occasion, on l’espère, de répondre à la plus évidente des questions: pourquoi?
Oui, simplement, pourquoi doit-on acheter ces avions? Jusqu’à aujourd’hui le débat sur le prix, les dates et les différentes manœuvres politiques – des adversaires comme des adeptes des jets de combat – ont totalement escamoté la discussion de fond. Personne n’a encore prouvé la nécessité sécuritaire de cet achat. Le Conseil fédéral, en optant pour le moins cher parce qu’il est moins cher, envoie le message qu’il n’est pas davantage assuré de son choix. A trois milliards, c’est tout de même cher payé le lot de consolation.