Les apparences sont trompeuses. On imagine le vaste volume confiné, de la taille d'un terrain de football, rempli de bonshommes vêtus de combinaisons spéciales. La visite des lieux sous la conduite de Matthieu Raeis, ingénieur chimiste en charge des travaux pour CSD Ingénieurs SA, montre une toute autre réalité. Sous l'abri blanc, seules une pelle mécanique orange et une chargeuse jaune foulent le sol.
Ces engins exécutent pourtant un véritable travail de fourmi. Chaque jour, 180 m3 de matériaux sont excavés puis triés par taille et types de polluants qu'ils renferment. Dans leurs cabines hermétiques, les conducteurs se repèrent grâce aux coordonnées inscrites sur la tente - de 1 à 29 et de A à R - et utilisées lors des sondages pour établir une carte de la pollution des lieux.
Six mètres sous terre
Avant d'être occupé par des artistes, le site a accueilli en 1844 une usine à gaz et dès 1930 des ateliers et des bâtiments administratifs des Services industriels de Genève (SIG). Depuis, hydrocarbures, goudrons, cyanures et métaux lourds polluent le terrain qu'il faut assainir en vue de la construction du premier écoquartier de Genève. L'équivalent de 25 piscines olympiques sera excavé.
Une première couche de trois mètres de profondeur a déjà été enlevée. En avril, le chantier est entré dans sa deuxième phase. La tente a été déplacée sur des rails au-dessus d'un secteur où la pollution peut atteindre six mètres de profondeur. Une paroi moulée, sorte de caisson étanche, a été construite dans le sol pour empêcher les éboulements.
Sécurité maximale
Un homme fait irruption dans le ballet des engins de chantier. Combinaison blanche, masque à gaz et gants bleus, cet ingénieur vient ramasser sur un tas quelques poignées de terre qu'il glisse dans un sachet en plastique. Plusieurs échantillons destinés à être analysés sont prélevés tous les deux jours, explique Matthieu Raeis.
Toute personne qui pénètre dans cet espace passe par un sas, selon un protocole de sécurité très strict. A la sortie, la douche est obligatoire. La tente de confinement a pour fonction principale de protéger les riverains de la poussière et de tout dégazage de substances volatiles toxiques.
Sur le côté droit, une trémie d'alimentation attend son heure. En septembre, lorsque l'installation de nettoyage sera opérationnelle, les matériaux moyennement pollués seront placés sur ce tapis roulant puis lavés à l'eau pour être réutilisés sur le chantier ou dans le projet de reconstruction. Quelque 20% des matériaux seront ainsi recyclés sur place.
Les déchêts grillés aux Pays-Bas
Pour l'heure, les matériaux les plus pollués - près de 60% de l'ensemble - sont chargés sur des camions, via un sas. Une fois nettoyée à l'eau, la benne est acheminée à la gare de la Praille. Plus de la moitié prend le train pour être revalorisée dans une cimenterie argovienne, tandis que le reste est détruit à haute température aux Pays-Bas après un voyage en train et bateau.
La troisième étape du chantier sera lancée début 2011. Mais le site à assainir dépasse largement l'emplacement du futur écoquartier. Des poches d'un mélange complexe fortement pollué ont aussi été découvertes en dessous et en aval du bâtiment administratif adjacent, en raison du mouvement naturel de la nappe phréatique. Nuit et jour, des pompes sont actives pour les éliminer.