C’est un peu le gars qui sort d’un examen et qui dit qu’il s’est planté. En fait, il aura 5,5. Paul Savary cultive la discrétion et la modestie. Il a cette fâcheuse tendance qu’ont les surdoués à minimiser leurs qualités. Ce qui agace les camarades de classe agace aussi les entraîneurs de hockey sur glace. «A la fin de la saison passée, j’ai eu une discussion dure mais franche avec Paul, explique Chris McSorley. Je lui ai fait comprendre qu’il était temps…»
Temps de franchir un palier. De faire enfin fructifier ce talent qu’il a reçu comme un cadeau. «C’est juste, glisse l’intéressé. Chris m’a dit qu’il comptait sur moi offensivement. Je me suis donc mis au boulot et j’ai bossé fort cet été pour saisir ma chance.»
Le réalisme en plus
Résultat des courses, «Paulo» cartonne depuis le début de la saison (29?points). A sa vitesse et à sa technique de mains, il a ajouté cette touche de réalisme qui lui manquait parfois. «Il est pour beaucoup dans la réussite de ses deux compères, Tony Salmelainen et Thomas Déruns», estime le boss des Vernets. «Vous savez, les stats… C’est un truc de journalistes, tempère l’intéressé. Je marque des points car je suis dans une ligne offensive. Mon rôle est différent des saisons précédentes. Je n’ai pas l’impression d’être un autre joueur.»
Il est juste un joueur qui prend du plaisir. «C’est ce qui me fait avancer. Quand j’avais 22?ans (ndlr: il en a 27 maintenant), j’ai voulu tout plaquer et arrêter le hockey. Je n’avais plus la flamme. J’avais l’impression que je n’arriverais à rien et que je ne servais plus a rien. C’était au mois d’août, en pleine période de préparation. Je suis allé voir le coach et je lui ai dit que c’était fini. Il m’a dit: «Reste quand même avec nous le temps que je trouve un remplaçant.» J’ai continué, comme ça, juste pour le fun. Sans pression, le plaisir est revenu. Et j’ai changé d’avis.» Le remplaçant, lui, n’est jamais venu.
Aujourd’hui, Paul Savary est un homme apaisé. «Je vis de vrais instants de bonheur sur la glace. Je retrouve ces mêmes sensations que j’avais quand j’étais junior du club.»
L’âme de Ge/Servette
Paul Savary, c’est un peu l’âme de Ge/Servette. Il y a fait ses classes. Cette saison est la 11e qu’il dispute avec le chandail des Aigles sur le dos. Il a tout vu, tout vécu aux Vernets. La LNB. L’arrivée du groupe Anschutz. La promotion dans l’élite. Depuis la saison 2001-2002, il «supporte» la main ferme de Chris McSorley. «Il faut croire que ça me convient, sourit-il. Chris est quelqu’un de dur, mais juste. Il faut apprendre à relativiser ses colères. Une fois que tu as compris que s’il te rentre dedans c’est pour te pousser à être meilleur mais que ça n’a rien de personnel, il n’y a pas de problème.»
Il faut donc une dose de bon sens et d’intelligence. Il faut aussi avoir autre chose que le hockey dans la tête. Les études universitaires? Il s’y remettra sûrement un jour. «J’essaie de m’intéresser au monde qui m’entoure. Mes amis sont pour la plupart étrangers au milieu du hockey. Ce sont des potes de l’époque du collège.»
Bien dans son club, bien dans sa ville, Paul Savary n’a jamais vraiment songé à tenter sa chance ailleurs. «Pour quoi faire? questionne-t-il. J’aime cette ville, j’aime les couleurs de ce club et je les défendrai. Partir à l’étranger, oui, ça aurait pu m’intéresser pour découvrir vraiment autre chose. Mais ailleurs en Suisse… Si c’est pour finir dans un patelin.»
Il est si bien ici qu’il vient de prolonger son bail pour trois saisons supplémentaires. «C’est surtout l’aspect sportif qui m’a convaincu. Le fait que Thomas Déruns et Tony Salmelainen soient aussi sous contrat, c’est un gros plus.»?
Power Play
VOYAGE CORSÉ Après trois adversaires de bas de tableau (Fribourg, Langnau et Bienne), Ge/Servette aura droit à du lourd ce week-end. Un premier match ce soir à Davos puis un autre le lendemain à Kloten. A l’issue de la rencontre face au champion en titre, les Aigles rallieront directement la banlieue zurichoise. Après une nuit à l’hôtel, ils s’entraîneront samedi à 11?heures à Oerlikon avant de défier les aviateurs à la Kolping Arena.
HUMILITÉ «Nous partons sans bomber le torse, c’est le meilleur moyen de ne pas rentrer à Genève la queue entre les jambes», image Chris McSorley.
ÉQUIPE Alignement inchangé. John Gobbi, qui s’entraîne normalement, est le seul qui manquera à l’appel.
STATISTIQUES Invaincu depuis le début de l’année, Genève-Servette affole les statistiques fournies par Didier Hecquet et son équipe. Jugez plutôt:
?Stephan avec 140 tirs stoppés sur 144 affiche un taux de réussite de 96,5%.
?Les Aigles ont remporté 52,8% des engagements avec un pic à 57,5% pour Rubin.
?Dix-sept joueurs ont comptabilisé des points au classement des compteurs. Seul Breitbach ainsi que Maurer et Randegger (ces deux derniers alignés épisodiquement) sont restés muets.
? Le taux d’efficacité devant les filets adverses s’élève à 14,3%. Chapeau!
FONDATEUR Et si les Aigles avaient pris conscience de leur potentiel ce soir-là? Le 10 octobre, Ge/Servette avait réussi le match «parfait» à… Davos en s’imposant 4-0 (premier des trois blanchissages de Tobias Stephan) chez le champion. «Une rencontre de référence, souligne Chris McSorley. Ou quand ce que l’on espère avant un match se traduit sur la glace.» GSZ/BA