C’est la saison de tous les paradoxes. Sur la glace, le miracle a lieu. Avec une équipe qui ne fait pas peur sur le papier, Genève-Servette réalise la meilleure saison de son histoire moderne. Ça, c’est pour la beauté du sport, où l’incertitude a encore sa place.
Et puis il y a un domaine où le pragmatisme a force de loi: c’est celui des finances. Et là, le miracle n’a pas lieu. «Je ne peux pas le cacher, Genève-Servette est en difficulté, commence Hugh Quennec, le président du club. Il nous manque 2 millions de francs pour boucler la saison. A court terme, je ne suis pas inquiet. Des solutions seront trouvées.»
S’il ne le dit pas clairement, Hugh Quennec se porte garant de la pérennité de l’organisation. Mais jusqu’à quand le Canadien supportera-t-il ce rôle? «Nous devons trouver des solutions pour augmenter nos revenus. Cela passe inévitablement par le développement de la patinoire.»
Les difficultés financières actuelles s’expliquent par la baisse des rentrées dans le secteur VIP. «Oui, pour l’essentiel», tranche le président. Sportivement, les conséquences se font déjà sentir. Genève-Servette n’a pas été en mesure – même si la situation ne l’exigeait pas forcément – d’engager un joueur étranger supplémentaire pour les play-off.
Il y a urgence
Du côté de la Ville de Genève, le magistrat en charge du Département des sports a pris conscience de l’urgence de la situation. «J’ai obtenu la transparence de la part du club et j’ai effectivement vu les comptes, explique Manuel Tornare. Cette situation a un mérite, c’est de casser cette idée qu’ont certains et qui voudrait que les propriétaires du Genève-Servette sont des multimillionnaires qui se font de l’argent sur le dos de la Ville! Ce n’est vraiment pas le cas.» Une phase de travaux a déjà eu lieu. «C’était un lifting nécessaire pour une très vieille dame qu’est la patinoire, dit Manuel Tornare. C’est un premier pas. Je suis conscient qu’il faut améliorer encore la situation à court terme. On se doit de trouver des solutions.»
C’est que cette phase de rénovation, qui s’est achevée à la fin de septembre 2009, n’a pas contenté tout le monde. Si la capacité globale de la patinoire a été augmentée (7200?places désormais), la disparition de nombreux sièges VIP est fortement dommageable pour le club.
Un partenariat
Il y a eu des frictions entre la Ville et le club. Par voie de presse, chaque camp s’est renvoyé la balle. Vu l’urgence de la situation, le temps de l’apaisement semble venu. «Il va y avoir une réunion entre tous les chefs de groupe des sept partis municipaux et les dirigeants du club. Nous avons envie d’aller de l’avant. Mon souhait est de tout faire pour pérenniser la présence du GSHC aux Vernets. Le temps où l’on opposait systématiquement sport populaire et sport d’élite est révolu. Nous sommes conscients que la jeunesse a aussi besoin de modèles. On a tous besoin de modèles pour avancer.»
Hugh Quennec confirme que des discussions constructives ont désormais lieu à intervalles réguliers. Un partenariat pluriannuel entre la Ville et le club est en passe d’être conclu. «Ce sera la base indispensable qui nous permettra de travailler sereinement», estime Manuel Tornare.
Signe de bonne volonté, quelques travaux seront entrepris pendant la pause olympique pour corriger certains défauts constatés après la dernière phase de rénovation (manque de visibilité depuis les loges VIP notamment). De quoi aborder les play-off avec davantage de sérénité. En attendant mieux.
Hugh Quennec: «Des solutions existent»
«Nous devons avoir des garanties pour la saison prochaine, martèle Hugh Quennec (photo Cabrera). C’est maintenant que se commercialisent les loges et places VIP. Nous sommes dans un trend extrêmement positif. Jamais nous n’avons reçu autant de demandes de la part d’entreprises. Pour les play-off, nous sommes quasiment déjà complets.»
Un projet est à l’étude. «Les services de Rémy Pagani étudient la possibilité de construire des loges supplémentaires en haut de la tribune principale», rappelle Manuel Tornare.
«C’est une solution qui est très intéressante, estime Hugh Quennec. Pour aller de l’avant, rester ambitieux sportivement et garder des garçons comme Salmelainen, Kolnik, Bezina ou Stephan, nous devons savoir rapidement si c’est réalisable.»
Ces loges seraient la première marque d’une troisième phase de rénovation qui est envisagée. Une résolution du Municipal – votée par tous les partis – demande donc à l’Exécutif d’aller de l’avant. «Il y a un consensus pour aider le club, se réjouit Manuel Tornare. On étudie la possibilité de creuser le rink pour augmenter la jauge mais d’autres hypothèses sont à l’étude. Et puis il y a aussi ces vestiaires, indignes d’une telle patinoire.»
Reconstruire aux Vernets?
Et si on construisait une nouvelle patinoire aux Vernets? Pas question de raser le bâtiment existant. Le chef-d’œuvre est classé monument historique.
«Il y a un énorme potentiel à moyen terme dans le périmètre des Vernets, estime Manuel Tornare. La caserne est vouée à disparaître. La Voirie, à l’étroit, déménagera sans doute à l’avenir. Et puis la patinoire extérieure est obsolète. Pourquoi ne pas la raser et construire ici?
»Avec le parking adjacent, le potentiel et la surface sont intéressants. C’est une idée à développer. Garder la patinoire au cœur de la cité séduira sans doute les Genevois, qui sont très attachés aux Vernets.»