Personne n’a rien vu. Dimanche, Genève-Servette s’incline en prolongation à Rapperswil (4-3). Une défaite qui ne remet pas en question le fauteuil de leader des Aigles. Et puis, hier matin, tout s’emballe. Juraj Kolnik, l’attaquant grenat, aurait frappé l’arbitre du match, M. Eichmann. Si l’accusation s’avère exacte, le Slovaque risque gros. On ne touche pas à l’arbitre, c’est une règle d’or.
Branle-bas de combat aux Vernets. Chris McSorley et Louis Matte visionnent les images fournies par Bluewin TV et par l’équipe de reporters du club. L’entraîneur et son assistant veulent en avoir le cœur net. Ils craignent une lourde suspension de leur meilleur buteur. Les images les rassurent et ils préparent le dossier de défense qu’ils enverront au juge unique de la Ligue.
Que s’est-il réellement passé lors de cette 64e?minute? On joue la prolongation. Les Lakers évoluent à 4 contre 3. Un joueur de Rapperswil scotche John Gobbi contre la bande. Le Tessinois ne se relève pas. L’action se poursuit sans que l’arbitre n’interrompe le jeu. Il n’y a plus que deux Genevois sur la glace:
Goran Bezina et Juraj Kolnik. Conséquence presque logique, Stacey Roest profite de l’aubaine pour enfiler le but victorieux.
Pas de volonté de blesser
Immédiatement, Juraj Kolnik rattrape l’arbitre qui lui tourne le dos. Il le touche avec le bout de sa crosse pour l’interpeller et lui faire part de son mécontentement. Il ne le frappe pas. Son geste tient plus de la maladresse que de la volonté de blesser. Le joueur et l’arbitre sont d’ailleurs d’accord sur ce point. M. Eichmann l’a même signalé dans son rapport.
Reste que ce dernier a tout de même infligé une pénalité de match au Slovaque qui sera automatiquement suspendu pour le match de vendredi contre Zoug aux Vernets.
Hier après-midi, le juge unique de la Ligue nationale, Reto Steinmann, a annoncé qu’il avait ouvert une procédure ordinaire à l’encontre de Juraj Kolnik. Il devra déterminer si le joueur a violé la règle 550 lettre f IIHF (insultes vis-à-vis de personnes officielles et comportement antisportif). Pour se faire une opinion, il dispose des images TV et du rapport du directeur de jeu.
Dès lors, osera-t-il affirmer que le joueur a réellement frappé M. Eschmann et sanctionnera-t-il lourdement Juraj Kolnik?
Kolnik: «J’ai craint pour Gobbi»
Juraj Kolnik est au centre d’une polémique dont il se passerait bien. D’autant plus qu’il a été le premier étonné au moment de prendre connaissance des faits qui lui sont reprochés.
Juraj Kolnik, pénalité de match, après le dernier but, pour avoir frappé l’arbitre?
Je n’ai appris que dans le bus, au retour, que j’étais sanctionné. C’est Déruns qui me l’a dit, quand il consultait les statistiques de la partie.
Alors il paraît que vous avez frappé l’arbitre avec votre canne: expliquez-nous…
Soyons sérieux: je n’ai jamais frappé l’arbitre. Ma canne, que je ne tiens que d’une main, l’a touché, oui. Mais je voulais juste attirer son attention, lui dire ce que j’avais sur le cœur. Parce qu’au moment du 4-3 pour Rapperswil, John Gobbi était étendu sur la glace suite à une charge contre la bande. Sans que l’arbitre n’interrompe le match, comme il l’avait pourtant fait peu avant pour Rapperswil.
Donc vous n’avez pas frappé l’arbitre, M. Stefan Eichmann?
Bien sûr que non. Sérieusement, les images TV sont assez claires, non? Si cela va plus loin, alors cela relève de la plaisanterie.
Mais avez-vous peur d’une sanction sévère?
Je sais que je n’ai rien fait de mal, même si je n’ai pas à aller voir l’arbitre après le but pour lui dire ce que je pense. Mais je voulais lui signaler qu’il avait commis une erreur. C’est dommage pour cette ligue suisse, qui est bonne, mais il y a parfois des problèmes d’arbitrage. Certains directeurs de jeu devraient avoir honte, car ils ne font tout simplement pas leur job. Mais bon, on verra.
Daniel Visentini
L’arbitre: «Rien de grave!»
Contacté, l’arbitre principal Stefan Eichmann a donné sa version de l’affaire. Honnêtement, il revient sur les événements et la manière dont il les a personnellement vécus. Moment de vérité.
M. Eichmann, que s’est-il réellement passé dimanche soir avec Juraj Kolnik?
J’étais de dos lorsque la scène s’est produite. J’ai senti qu’on me touchait à l’index avec une crosse. Cela m’a fait un peu mal. Je me suis retourné et j’ai vu qu’il s’agissait de Juraj Kolnik. J’ai décidé de lui infliger une pénalité de match, car un joueur ne doit pas toucher un arbitre avec sa crosse, en aucun cas.
Mais avez-vous le sentiment d’avoir été frappé par lui?
J’étais de dos, donc je ne savais pas. J’ai eu mal au doigt ensuite, qui est devenu un petit peu bleu, avec des douleurs. Ce n’est qu’en rentrant chez moi que j’ai pu voir les images sur Bluewin.
Et alors, qu’avez-vous vu, justement?
Rien de grave, au fond. C’est clair, il tient sa canne à une main, il n’a aucune intention de me frapper ou de me blesser. Il veut attirer mon attention. Mais le faire de la sorte est interdit, même s’il n’y a pas d’intention de frapper.
Comment voyez-vous la suite qui sera donnée à cette affaire?
Mon doigt va déjà mieux. Pas de problème. J’ai mis dans mon rapport que Kolnik n’avait pas l’intention de me frapper, de me blesser. Après, si suspension il doit y avoir, elle sera sans doute atténuée, oui.
(dv)
Restons sérieux!
COMMENTAIRE
Une fois de plus, c’est donc le juge unique de la Ligue, Reto Steinmann, qui va trancher.
On ne sait pas si l’homme est réceptif aux pressions absurdes qui fleurissent déjà çà et là concernant le geste de Kolnik envers l’arbitre Eichmann. Quel geste? Au mieux une touchette pour signaler sa présence, au pire une pichenette maladroite de cour d’école. Mais en tout cas pas une agression ou un coup porté. Les images sont très claires, même pour l’arbitre!
Elles l’étaient aussi il y a deux mois, lors de l’odieuse charge du Bernois Scherwey sur le pauvre John Gobbi. Le Servettien, lourdement commotionné, est resté deux mois sur le carreau. Scherwey? Il s’en est tiré avec deux minuscules matches de suspension, infligés par le juge Steinmann. Et certains évoquent déjà une suspension lourde pour Kolnik? Soyons sérieux: si Reto Steinmann et le hockey suisse dans la foulée veulent rester crédibles, Kolnik ne mérite rien de plus que le match qu’il purgera vendredi soir contre Zoug.
Daniel Visentini
© Bluewin TV
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