Réputé pour sa pugnacité, Dritan Cuko ne cache pas son pessimisme. Affecté par la situation de crise dans laquelle se débat son club, Bastien Warynski se laisse gagner par un certain découragement. Trahi par les promesses non tenues d’un sponsor, Michel Georgiou s’apprête à lancer un SOS. Mais où va Chênois, tombeur d’Amriswil en octobre et à terre trois mois plus tard??
A la veille d’un match de vérité à Lausanne, entraîneur-joueur, capitaine et président font face aux questions.
LA SITUATION SPORTIVE.
Warynski (le capitaine): «On a connu un début de saison prometteur, illustré par nos succès contre Amriswil et Näfels. Mais depuis, notre niveau de jeu a baissé, alors que celui de nos rivaux, plus pros dans leurs structures, s’est renforcé. On paie notre manque de professionnalisme. Sans le soutien d’un coach à 100%, Dritan ne peut pas tout faire. On a perdu beaucoup de matches, on est un peu démotivé.»
Cuko (l’entraîneur): «A l’entraînement, tout est OK. C’est en match que l’équipe craque. Elle peut livrer deux bons sets et puis perdre brusquement son jeu et sa lucidité. Elle est jeune, elle manque d’expérience.»
Georgiou (le président): «C’est une équipe qui marche au moral, à l’enthousiasme. Quand ça commence à grincer, tout se déglingue. Elle est fragile, sans roublardise. Avec Cuko, on a changé de culture d’entraînement. C’est un énorme investissement, qui ne paie pas du jour au lendemain.»
LE CAS TOMASIK. Engagé en 2008, parfois brillant, souvent versatile, l’attaquant slovaque ne fait plus partie du contingent chênois. Le club s’en est séparé, un litige financier subsiste.
Georgiou: «On l’a averti une première fois puis suspendu une semaine en janvier, mais rien n’y a fait. Egoïste, il s’est mis à dos toute l’équipe. Tomasik ne s’est jamais vraiment intégré à l’équipe.»
Warynski: «Ce n’était plus possible avec lui, son attitude avait une influence néfaste sur l’équipe.»
Cuko: «On a pris une décision commune. On a perdu un joueur, mais il n’était pas l’équipe. Il fallait préserver l’envie et l’ambiance au sein du groupe.»
LA SUITE DE LA SAISON. Que peut encore espérer Chênois, dominé à Amriswil malgré un set de bravoure (gagné 38-36!) et indiscutablement moins bien armé pour rivaliser avec les ténors du championnat?
Cuko: «La saison n’est pas finie. Il faut s’accrocher; tout le monde peut battre tout le monde, nous comme les autres! Mais que puis-je faire de plus?»
Warynski: «On fera de notre mieux pour jouer les trouble-fêtes. En fait, notre objectif, c’est de gagner nos quatre matches à domicile. On se doit à notre public, il est autant déçu que nous. On veut mettre le feu à Sous-Moulin, jouer pour le plaisir, pour les jeunes et pour Dritan.»
Georgiou: «On est dans le tour final, on ne risque plus rien. En tant que dirigeant, j’ai l’esprit ailleurs. Les soucis financiers m’accaparent; ce sont eux qu’il faut vaincre à tout prix.»
LE MATCH CONTRE LE LUC. Trois défaites par 3-0: Chênois n’a pas fait le poids face à son rival vaudois cette saison. Emmené par Guerra, son Mexicain de choc, l’équipe de Dorigny peut s’appuyer sur un six beaucoup plus solide.
Warynski: «Je n’y pense pas! Le LUC est une équipe qui ne nous convient pas, autant envisager le match sans préparation spécifique. Il faut y aller détendu, sans se prendre la tête.»
Cuko: «C’est un match clé. On livre une bonne partie et on continue d’espérer. On subit une nouvelle claque et tout deviendra extrêmement difficile. A Lausanne, on sera huit, sans Voirol (genou) et Abramov (cheville), blessés.»
Georgiou: «Cela ne peut pas être pire que les trois derniers derbys! Si l’équipe joue sans peur, elle n’aura rien à se reprocher.»
LA SITUATION FINANCIÈRE. C’est la crise. A une dette cumulée s’est ajouté un exercice 2009-2010 plombé par un important découvert. Le club vit sous perfusion, les retards de salaire et de paiement se répètent.
Georgiou: «La situation est critique. Il manque 125?000?fr. à notre budget. C’est dû en bonne partie à un sponsor qui n’a pas honoré ses engagements financiers. Grâce à son apport, on espérait poursuivre l’assainissement de nos comptes. Au lieu de le combler, on creuse le trou. On se démène, on continue de se battre pour faire vivre le club.»
Warynski: «On sait qu’il y a des problèmes. Ça me fait ch… de penser que mon club va mal.»
Cuko: «Les gars ont beau se donner à 100%, c’est un frein. Indirectement, la crise perturbe les joueurs. Moi, j’essaie d’en faire abstraction, même si je suis payé le dernier…»