Est-ce un effet du réchauffement climatique? La température du lac stagne «désespérément» à 9?degrés! Aux Bains des Pâquis, les amateurs de baignade frigorifique se récrient. «C’est comme si on barbotait dans un lagon», s’exclame l’un d’eux. Comme lui, les habitués consultent leur mémoire ou compulsent le carnet de bord dans lequel ils consignent scrupuleusement les fluctuations thermiques du lac. Nostalgiques, ils racontent le Léman d’antan, frappé à souhait, qui vous glace le sang et vous mord l’épiderme.?
Vivement janvier
Si la tiédeur de l’automne fait jaser, la fièvre monte tout de même à deux jours de la 72e Coupe de Noël. Dimanche, plus de 800 intrépides se jetteront à l’eau et plusieurs milliers de spectateurs, accoudés aux bastingages du Jardin anglais, se réchaufferont en applaudissant cette drôle de faune urbaine. Bienveillants, les organisateurs ont augmenté la capacité d’accueil de l’événement. «On ne voulait pas laisser pleurer à la porte de nombreux candidats éconduits», explique Christophe Jacot.
La popularité de la Coupe de Noël, créée en 1934 par le biscuitier René Doria, n’a pas pris une ride. «C’est la plus ancienne compétition sportive du canton, elle fait partie du patrimoine genevois, s’enthousiasme l’organisateur de Genève Natation. De la capitainerie aux hommes grenouilles, des sponsors au Service des sports de la Ville, tout le monde se mouille pour elle. Elle plaît parce qu’elle est d’humeur festive.»
Ces jours, vers midi, les vestiaires des Bains ne désemplissent pas quand ils ne débordent pas au dehors! Tandis que les bobos attablés lézardent au soleil, les folos en caleçon font trempette sous le regard amusé et curieux de quelques touristes. Scène de la vie ordinaire. Les accros y viennent tous les jours mais assurent que c’est en janvier, au cœur de l’hiver, que la gageure devient du pur bonheur.
Gare au choc thermique
Moins assidus, les novices s’y aventurent depuis quelques semaines. Ils ont écouté les conseils des anciens. Le rituel et la sagesse sanitaire veulent que l’on habitue son corps, mais plus encore son cerveau, à supporter la froidure de l’eau, à s’acclimater à la dégringolade des degrés. Les plus stoïques s’y risquent gaillardement en faisant le tour du phare. D’autres s’y engagent du bout des orteils, en hurlant pour conjurer leur appréhension. Dimanche, à l’heure du baptême, ils se la couleront douce, loin de la cote d’alerte et du record établi à 2,5 degrés…
Pas de souci, la bise qui s’annonce ne rafraîchira que le fond de l’air. «La température de l’eau descendra peut-être à 7-8?degrés. C’est le vent qui la refroidit en faisant remonter les courants du fond. En fait, les nageurs ont de la chance, ils auront plus chaud dans l’eau!» explique Christophe Jacot.
Mais gare au choc thermique! Entre la touffeur qui règne dans les minibus acheminant les participants des Vernets et les eaux «clémentes» de la rade, il faudra braver les frimas du ponton, se renverser un seau d’eau sur la tête et faire le grand saut. «Ce n’est pas bien compliqué. A ce moment-là, on ne réfléchit plus. L’euphorie et la foule vous poussent…» indique un vieux briscard. S’il le dit…
Entre deux eaux
? Participation. Avec 808 nageurs engagés, la 72e?édition a établi un nouveau record de participation. Ils seront répartis en 46 séries, dont 19 humoristiques. Premier départ à 9?h, dernier plongeon à 13?h.
? Parcours. L’épreuve se dispute sur 125?mètres, entre le débarcadère du Swissboat Navigation et un ponton flottant amarré au quai longeant le Jardin anglais.
? Records. Ils sont détenus par Geneviève Von Dooren (1’?16’’5) et Daniel Beran (1’?07’’5).
? Matinal. Vainqueur à 4 reprises (1986, 1987, 2007 et 2008), Patrick Sägesser remet son titre en jeu dès potron-minet. Il sera le premier à s’élancer à 9?h!
? Doyenne. Le froid conserve! A 84?ans, la Genevoise Rose-Marie Hintzy sera encore une fois fidèle au rendez-vous.
? Champions. Après l’Ironman d’Hawaii et les rouleaux du Pacifique, le triathlète Mike Aigroz s’attaque aux eaux de la rade. A découvrir aussi le champion de ski nautique Sébastien Di Pasqua et l’ancien Servettien Marc Schnyder.