PORTRAIT

Isabel Rochat, le fer de lance des communes

Par CHRISTIAN BERNET le 05.11.2009 à 00:01

L’élue de Thônex brigue un deuxième siège pour les libéraux.

A la question: «Qu’allez-vous apporter au Conseil d’Etat?» Isabel Rochat répond du tac au tac: «Le message d’en bas.» L’expression étonne. Cette femme à l’élégance raffinée va-t-elle défendre les couches populaires? En fait, c’est les communes dont il s’agit. Pour sa campagne, la libérale de Thônex a choisi son credo. Il imprègne tout son discours, ressurgit au bout de chaque argumentaire. Au gouvernement, elle portera haut et fort la voix des communes.

Stratégie réfléchie ou reflet de son parcours politique? On penche pour la deuxième hypothèse, même si elle assume ce positionnement. Cette appartenance communale est même à la source de son engagement. «J’ai toujours su que je m’investirais un jour pour la chose publique. Mais j’attendais de m’installer dans une commune. La Ville de Genève me semblait trop impersonnelle.»

C’est une fois à Thônex qu’elle s’inscrira au Parti libéral et se lancera. Elle est membre de son Exécutif depuis 2003. Sa cote est bonne. «Elle est travailleuse, compétente et mène ses dossiers avec beaucoup de rigueur», dit un collaborateur de la commune, peu suspect d’accointance avec la libérale.

Le projet de logements aux Communaux d’Ambilly lui a permis de se profiler. L’investissement qu’elle a mis dans ce dossier l’a marquée. Dans son bureau, ce secteur occupe le centre d’une photo aérienne. Elle en parle comme de sa chose. Les Thônésiens lui sont reconnaissants d’avoir su résister au canton. «Elle a été une excellente négociatrice», reconnaît Stephen Knörr, conseiller municipal UDC. Vue de l’extérieur, la libérale est toutefois apparue comme le symbole de ces communes rétives aux projets de logements que veut réaliser le canton.

Elle se défend aujourd’hui d’être une Neinsager. Mais cette expérience la conforte dans l’idée qu’il faut construire «au rythme des communes». Pour une future conseillère d’Etat qui défend le développement de Genève, cette position revient à faire le grand écart. Une contradiction qu’elle n’arrive pas à dépasser.

Au-delà des questions d’aménagement qui reste son domaine de prédilection, elle peine aussi à dépasser le stade des exercices imposés. Que ce soit sur le secret bancaire, l’emploi ou la sécurité, elle ne présente pas de vision originale et se montre peu au fait des dossiers: c’est peut-être la conséquence de son inexpérience politique au niveau cantonal. Sa prestation lors du débat public organisé par la Tribune de Genève la semaine dernière a déçu nombre d’observateurs, notamment le politologue Pascal Sciarini qui l’a trouvée «superficielle et mal préparée».

Une négociatrice

«Et alors, rétorque le député libéral Pierre Weiss. Elle n’est pas une grande débattaire, mais elle est une excellente négociatrice. Et le Conseil d’Etat en a grandement besoin.» Fabienne Gautier, sa collègue de parti, lui trouve aussi «de grandes qualités d’écoute. Ce qui lui a permis de bien gérer une grande commune comme Thônex.»

Cette capacité de dialogue, Isabel Rochat la met aussi en avant, elle qui dit ne pas aimer les conflits et préférer «arrondir les angles». «Je n’ai aucun problème à décider. Mais j’essaie toujours de trouver une solution qui soit gagnante pour tous.»


Bio express

Agée de 54?ans, Isabel Rochat a passé son enfance à Chêne-Bougeries.
Mariée à un médecin, elle a trois enfants de 21, 20 et 15?ans.
En 1981, elle obtient une licence en sciences politiques à l’Institut des Hautes Etudes internationales.
Elle travaille ensuite dans le négoce international chez André à Lausanne et Finagrain.
Conseillère municipale à Thônex de 1995 à 2003.
Conseillère administrative à Thônex depuis 2003. Maire à trois reprises.
Elle accède en 2007 à la vice-présidence du Parti libéral, quand Michel Halpérin en prend la présidence.
Le 20 novembre 2008, les libéraux la désignent pour la course au Conseil d’Etat.


«Je veux apporter le message d’en bas»

Le domaine de prédilection d’Isabel Rochat est sans conteste l’aménagement du territoire, sur lequel elle est intarissable.

Que voulez-vous apporter au Conseil d’Etat?
Je veux apporter le message d’en bas. Les grands projets d’infrastructure sont vitaux. Genève est au centre d’une région et doit se développer. C’est croître ou mourir.

Mais Genève est constituée de 45 communes et il faut leur redonner leurs lettres de noblesse. Les grands projets qui arrivent comme des ukases d’en haut ne sont pas compris par les communes. Celles-ci doivent être mieux écoutées.

Voulez-vous leur confier l’Aménagement?
Non. La planification doit rester du ressort cantonal. Mais ce sont les communes qui connaissent le terrain. C’est à elles de gérer les modifications sociales et financières qui découlent des grands projets de logement. Il faut tenir compte de ces préoccupations.

A force d’écouter les communes, on réduit les projets de logements, comme vous l’avez fait aux Communaux d’Ambilly.
On ne pouvait pas accepter autant de logements. Il faut réaliser ces projets par étapes, et c’est ce que nous avons obtenu.

Si on respecte le rythme des communes, on n’arrivera jamais à résoudre la crise du logement.
C’est faux, car au moins on réalisera quelque chose. Et puis, faisons un état des lieux des zones déclassées et là, démarrons tout de suite.

Que dites-vous aux libéraux de Champel qui s’opposent au CEVA?
Il est bien que l’on puisse se prononcer sur un tel projet. Et j’espère qu’ils voteront pour. Sans ce raccordement ferroviaire, il n’y aura pas de traversée du lac. Et le CEVA va dégager aussi des potentiels de logements.

Vous vous exprimez volontiers sur l’aménagement. Est-ce le département que vous briguez?
Si j’obtiens le Département du territoire, je redonnerai l’Aménagement au Département des constructions de Mark Muller, c’est plus logique. Mais je prendrai ce qu’on me donne.

L’autre département libre, c’est la police. Quelles sont vos propositions en termes de sécurité?
Il faut appliquer la loi avec la plus grande fermeté et rendre la vie infernale aux dealers. Je prône la tolérance zéro. Et comme les prisons sont pleines, voyons si d’autres cantons pourraient accueillir certains détenus. Il faut davantage de policiers mais il est aussi nécessaire de réallouer les forces de police. On pourrait aussi créer des postes intégrés police-justice qui pourraient juger sur-le-champ les flagrants délits, un peu sur le modèle français.

Aux Pâquis, des commerçants veulent engager des agences de sécurité privées. Y êtes-vous favorable?
Oui, pourquoi empêcher ceux qui se donnent les moyens d’assurer leur sécurité? Mais ce ne peut être qu’un sparadrap et il faut donner les moyens afin que ces brigades ne soient pas nécessaires. Il est incroyable qu’un canton comme le nôtre n’arrive pas à régler ces questions d’insécurité. Le problème est à la tête du département. Je ferais exactement le contraire de ce qu’a fait Laurent Moutinot.

Allez-vous faire quelque chose en faveur de la condition des femmes?
Il faut leur donner la possibilité de travailler et d’avoir une vie de famille agréable. On peut inciter les entreprises à favoriser le temps partiel. Je ne suis pas favorable à une prise en charge des enfants toute la journée, mais on peut améliorer l’horaire actuel et l’accès aux crèches. Mais il ne faut pas que cela asphyxie les communes.

Les communes, nous y revoilà. Etes-vous favorable à leur fusion?
On peut fusionner certaines activités, comme la petite enfance. Mais il faut surtout casser la prééminence de la Ville de Genève, en la scindant en trois ou quatre secteurs.
(cb)

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