Comme en 2005, l’extrême gauche, divisée, ne siégera pas au Grand Conseil. Elle ne soutiendra même pas les candidats de gauche restant en course pour le Conseil d’Etat. L’ancien conseiller national socialiste, actuellement vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, n’en revient pas. Interview.
Jean Ziegler, la gauche de la gauche a explosé lors des élections. Votre analyse?
J’ai beaucoup d’admiration pour Solidarités, sa capacité de mobilisation dans la société civile, son journal, le seul dernier vrai journal politique du canton. Mais je dois dire que je suis dérouté et en colère.
Pourquoi?
Fuir le combat en pleine bataille est un acte irresponsable, qui implique du mépris pour les 12% des électeurs rassemblés par la gauche rigoureuse le 10 octobre. 12% au-delà des divisions, c’est un score non négligeable! De plus la présence de cette gauche lors de l’élection au Conseil d’Etat se serait imposée au vu des problèmes actuels. Le chômage augmente à Genève, les cotisations maladie explosent d’une manière scandaleuse, la pauvreté s’installe dans les familles modestes et les banquiers se remplissent à nouveau les poches alors que certains de leurs établissements ont été renfloués par l’argent public! Il aurait fallu riposter, c’était plus urgent que jamais!
Mais comment se présenter à l’Exécutif sans représentation au Grand Conseil?
Et alors? L’élection au Conseil d’Etat est en fait un deuxième tour électoral qui intervient après un premier tour. Il aurait fallu présenter une candidature! Ça aurait été une manière d’honorer l’engagement des électeurs. S’abstenir, c’est au contraire fuir ses responsabilités, c’est la pire des politiques, le péché capital. En démocratie, on se présente et on prend ce qu’on peut!
Solidarités ne soutiendra pas le PS et les Verts dans la course au Conseil d’Etat. A juste titre?
Evidemment, non! Je suis parfois dubitatif sur la politique poursuivie par les uns et les autres, mais il faut être clair. Ne pas soutenir le PS et les Verts, c’est laisser la place à la droite. Et vu la situation économique actuelle et l’aveuglement de la droite, ce n’est vraiment pas le moment.
Les élections ont vu le triomphe du MCG. Votre réaction?
Le score de ce parti est à respecter parce qu’il est issu d’un vote libre et souverain. Mais il vaut aussi quittance pour la tranquille arrogance de l’Entente et l’inexcusable indolence de certains secteurs de la gauche.