«Fusionner avec les libéraux, c’est prendre le risque de dormir avec un tigre.» Cette militante radicale n’était pas convaincue de lancer le processus d’union avec les libéraux. Réunis hier soir à Thônex, une centaine de radicaux ont pris connaissance des travaux d’un groupe de contact libéral-radical qui a travaillé sur les convergences et les divergences des deux partis.
Si l’élite du parti a plaidé pour l’union, les membres ne se sont pas montrés très chauds: «A Bâle, il n’y a pas d’union et tout le monde va bien, souligne le responsable de la section de Vernier. Nous voulons concilier la liberté et la justice sociale, les libéraux la liberté et les bonus.» D’autres opposants montent au front. Le député Michel Ducret, qui ne brûle pas d’enthousiasme de s’unir «avec le parti du fric, de la bagnole et des proprios», s’interroge: «Serons-nous plus forts à la sortie? Au lieu de perdre tant d’énergie, nous devrions communiquer qui nous sommes et ce que nous voulons.» L’ancien conseiller d’Etat Robert Ducret préfère plaider pour une alliance renforcée avec les libéraux et le PDC…
Le pari de la jeunesse
Puis la tendance s’inverse: «Aurions-nous 18% des voix, ce serait différent. Et la fusion peut nous aider à former un pôle de droite permettant d’inverser la tendance en Suisse», souligne un intervenant. Le constituant Murat Alder abonde: «La vraie différence n’est pas entre libéraux et radicaux, mais entre radicaux alémaniques et nous.» Françoise Saudan saute alors sur l’occasion de souligner que la jeunesse du parti et ses jeunes talents sont favorables à l’union: «C’est eux qui feront le parti. Ils veulent l’union et l’avenir est dans la génération montante, faisons-lui confiance!»
Un compromis est-il possible? L’ancien conseiller administratif Michel Rossetti et Gabriel Barrillier plaident pour un éclaircissement des modalités de l’union et des divergences, notamment sur le rôle de l’Etat, l’éducation, l’organisation du territoire, la région et la complémentarité des transports.
C’est aussi la position de Bernard Lescaze: «Il faut fusionner en ayant un projet commun pour Genève, mais pas pour conserver des positions branlantes. Avançons, mais lentement, avec prudence. Nous devons rester fidèles à nos valeurs, qui restent différentes de celles des libéraux», recommande-t-il. Le député Patrick Saudan insiste toutefois: il faudra être intraitable sur l’écologie, «la tendance du XXIe siècle», sur laquelle les libéraux ne sont pas très chauds.
Le parti temporise
Les radicaux n’étant pas nés de la dernière pluie, il n’a pas été question de voter sur le siège pour ou contre la fusion! Non, on informe, on votera plus tard. Pourquoi tant de précautions? Pour pas grand-chose, expliquaient en début de réunion les membres du groupe de contact. Dans une présentation raisonnable, rationnelle, chiffrée d’Adrien Genecand, de Murat Alder pour le groupe de travail, d’Hugues Hiltpold pour les Chambres nationales et de Frédéric Hohl pour le Grand Conseil, qui ont ensemble plaidé pour la fusion. Mais les réticences semblent encore nombreuses.