Siéger dans les mêmes locaux que ses prédécesseurs d’il y a cinq siècles, ça en jette. Mais ce prestige se paie. Le décorum auguste de la salle du Conseil d’Etat commence à lasser ses occupants, qui entendent bien se réunir dans un cadre plus adapté au XXIe siècle. Mais la cure de jouvence ne sera pas simple…
Depuis 1488, le gouvernement genevois siège au troisième niveau de la tour Baudet, alors récemment bâtie. Entre 1502 et 1604, la salle fut ornée de fresques qui, suite à une première restauration où l’on boisa les murs, furent totalement oubliées durant deux siècles. Jusqu’à une ultime intervention où la salle prit son aspect actuel, au début du XXe siècle. Dans un esprit typique de l’époque, on recréa le décor originel, tel qu’on pensait qu’il devait être. Et en 1917, on construisit le mobilier actuel.
Gouvernement givré
«La salle manque de lumière et de chauffage», résume François Longchamp, confiant que durant la mauvaise saison, les occupants y ont «l’esprit aussi vif que l’hiver». Autre souci, la salle est peu accueillante pour les ordinateurs: «Le mobilier est inadéquat, souligne le président. Or, pour la première fois, le Conseil d’Etat in corpore est familier avec l’informatique.» Des magistrats las de trimballer, chacun, jusqu’à cinq classeurs fédéraux à chaque séance: «Je vous laisse imaginer la montagne de papiers…» L’idée d’une rénovation a donc germé, sous la précédente législature déjà. Mais François Longchamp aimerait lancer les travaux cet été, pour profiter de la pause vacancière et éviter de délocaliser le Conseil d’Etat.
Des travaux exploratoires sont menés actuellement dans la tour: «Il s’agit de vérifier ce qui peut être modifié ou doit être protégé, du point de vue du patrimoine, résume le radical. Toute intervention est complexe dans cette zone hyperprotégée.» La Tribune de Genève a jeté lundi un coup d’œil furtif dans cette salle fermée au public: des boiseries étaient démontées et la salle, où trônait une échelle, était saupoudrée de poussière.
C’est sur la base de ces examens en cours qu’un projet pourra être défini et un coût chiffré. «Si la salle ne peut pas être adaptée, nous irons siéger ailleurs», prévient le président. Que deviendrait alors le lieu historique? Un salon d’apparat? L’expression fait sourire François Longchamp qui approuve quand on qualifie le lieu de «lugubre».
Experts au front
«Cette salle est extraordinaire», corrige Sabine Nemec-Piguet. La directrice de l’Office du patrimoine a constitué en janvier un groupe de travail, avec des experts de haut rang, pour vérifier la faisabilité des vœux gouvernementaux. La tour est classée tant au niveau cantonal que fédéral. «Il y a un dilemme, détaille la spécialiste. Il faut d’un côté préserver le décor incroyable de cette salle, mais si on la transforme en musée, on risque de rompre la continuité historique de sa fonction qui est, elle aussi, exceptionnelle.»
Concrètement, une intervention pour préserver les fresques sera nécessaire, quoi qu’il arrive. Pour le reste, la directrice juge possible d’optimiser le chauffage et l’éclairage. Changer le mobilier ne poserait à ses yeux guère de problème. «Mais améliorer l’ambiance, c’est plus délicat…» La Commission des monuments et sites devra de toute façon se prononcer. Avant l’été? Pas sûr...