L’écologie a un coût et les Genevois sont d’accord de s’en acquitter. C’est la leçon, très importante mais schématique, qu’on peut tirer du scrutin d’hier. La population a accepté la loi sur l’énergie qui vise notamment à assainir les bâtiments pour les rendre moins gourmands en énergie. Elle l’a approuvée en prenant le risque de voir ces rénovations accompagnées de hausses de loyers. C’est toutefois une majorité très courte qui s’est imposée. On compte à peine 52,1% de oui.
Les gagnants se montraient davantage soulagés que triomphants à la lecture des résultats. Il faut dire que personne ne s’était risqué à un pronostic sur un objet aussi disputé. Le front du refus était large, avec l’Asloca, les socialistes, le MCG et l’UDC. Une coalition qui avait toutes les chances de sortir gagnante.
«Les Genevois ont fait une pesée d’intérêts, commente Anne Mahrer, la présidente des Verts. Ils ont été d’accord de faire passer l’argent au second plan pour s’attaquer à la rénovation des bâtiments. Ceux-ci consomment la moitié de l’énergie du canton et beaucoup sont de vraies passoires.»
«Les Genevois ne se sont pas laissé abuser par des arguments excessifs, poursuit le député PDC François Gillet, qui a présidé les travaux en commission. Ils se sont rendu compte que ce n’était pas une loi antilocataires, que le compromis était équilibré et que nous avions limité au strict minimum la participation des locataires.»
Clivage ville-campagne
Ces conclusions cachent toutefois des opinions très divisées. L’analyse du vote relève clairement deux camps. La campagne a largement soutenu cette réforme et a réussi à l’emporter sur les communes urbaines. Ces dernières ont unanimement refusé le texte. Vernier, Meyrin ou Lancy l’ont rejeté à plus de 55%. Le quartier de la Jonction a été le plus réfractaire, avec 60,6% de non.
Cette division ville-campagne recouvre clairement deux clivages: le vote gauche-droite et le fait que les locataires sont proportionnellement plus nombreux dans les zones urbaines.
Voilà qui met un peu de baume au cœur des perdants. «Notre électorat nous a suivis dans nos bastions populaires traditionnels, se console René Longet, le président du Parti socialiste. Il aurait été très inquiétant que nous soyons désavoués.» Le Parti socialiste s’épargne ainsi un débat interne tourmenté, car plusieurs de ses membres s’étaient dits favorables à la loi.
L’Asloca y trouve aussi un motif de réconfort. «L’électorat populaire nous suit, mais il ne s’est pas suffisamment déplacé aux urnes, analyse Carlo Sommaruga. Notre défi à l’avenir sera de mieux mobiliser les locataires.»
Victoire automatique
Il n’empêche que l’Asloca essuie ici une défaite. La première depuis des lustres. A l’évidence, la victoire des locataires n’est plus un automatisme. Les milieux immobiliers vont-ils en profiter pour réduire la protection des locataires? «Nous n’avons rien à gagner en jouant ce jeu-là, assure Benoît Genecand, le président de la Chambre immobilière. Nous réglerons bien mieux les problèmes en construisant 2500 logements par année. Pour moi, ce n’est pas tant une défaite de l’Asloca qu’une victoire des défenseurs de l’environnement.»