Ils seraient donc en campagne. En vacances à la campagne, peut-être; mais en campagne électorale, on peine à le croire. A moins de trois semaines de l’élection, la course au Conseil d’Etat est très loin d’allumer Genève. A croire qu’aucun parti traditionnel ni candidat n’a retenu la leçon des élections au Grand Conseil qui ont vu déferler une vague MCG: les Genevois attendent des réponses claires à ces problèmes concrets que sont le chômage, l’insécurité, le logement, la protection de l’environnement. «Osons!» lancent l’UDC et l’Entente qui ajoute la promesse sibylline d’un «Plus si Entente». L’engagement des Verts et des socialistes, qui ont mis du temps à unir leurs forces et candidats sur les affiches, n’est guère plus convaincant. Seul le MCG, petit parti devenu grand, s’agite en tous sens tentant d’appliquer cette même recette qui lui a valu son succès aux législatives: occuper la rue, crier fort, offrir des solutions clés en main qui, à défaut de résoudre le problème, répondent aux préoccupations des citoyens. En fait de rue, c’est une autoroute qu’offrent les partis traditionnels aux deux révoltés de la République que sont Eric Stauffer et Mauro Poggia. Et ces derniers roulent à tombeau ouvert avec une seule obsession: garder l’initiative. Tandis que socialistes et libéraux s’interrogeaient encore sur le sens de leur recul, les trublions de la politique annonçaient dès le lendemain de leur succès qu’ils allaient «débarrasser Genève de ses mendiants en quarante-cinq?jours», lancer une initiative pour la caisse unique afin d’en finir avec le scandale des assurances maladie, créer des places de détention à Palexpo et s’étendre dans le reste de la Suisse romande. Des promesses qui pour la plupart ne résisteraient pas à l’épreuve de la réalité gouvernementale.
Raison de plus pour s’investir dans la campagne. Pourquoi les candidats de l’Entente n’exigent-ils pas les rênes de la police pour remettre de l’ordre dans ses rangs et dans ces rues où, après quatre inconsistantes années Moutinot, règne l’insécurité? Et si les socialistes ont des idées pour gérer la crise et réduire le chômage qu’ils le disent haut et fort, qu’ils abattent leur carte! Notre grand débat de demain soir à Uni Dufour qui réunit onze candidats leur donnera une occasion unique de confronter leurs projets. Pour les Genevois, ce sera la rare opportunité de mesurer sur le vif les qualités de chacun de ces femmes et hommes qui aspirent à prendre en main le destin de Genève pour quatre ans. Débattons!