«Les horreurs que j’ai commises suffisent pour qu’on ne m’accorde même pas un procès», a dit, hier, au cours de son interrogatoire, le violeur en série jugé depuis lundi par la Cour d’assises. L’homme a commis trois agressions sexuelles en douze jours durant l’été 2008. Il s’en est pris à une mère de famille, à un toxicomane et à une dame de 93?ans.
«Après, je m’en irai»
«J’ai commis l’irréparable, l’impardonnable», poursuit cet homme d’une voix à peine audible comme s’il se parlait à lui-même plutôt qu’à la Cour. «Mon avenir est détruit. Je travaille à Champ-Dollon et je vais continuer afin d’économiser suffisamment d’argent pour mes obsèques. Après, je m’en irai. Je ne dis pas ça pour influencer le jury.»
L’accusé qui a toujours prétendu être Algérien est en réalité Marocain, a-t-on appris en cours d’audience. La confirmation de cette nouvelle identité est parvenue il y a un certain temps déjà à la Brigade administrative de la police qui n’a pas songé à la transmettre à la Criminelle. Pourquoi l’accusé a-t-il menti sur ce point? Sachant qu’il était Marocain, les autorités auraient-elles pu l’expulser avant les viols de 2008 (lire ci-dessous)?
Algérien? Marocain? K. donne l’impression d’être sorti de nulle part. Un homme à la dérive à travers l’Europe. Pas de patrie, pas de travail, pas d’attaches affectives. Me Marc Oederlin, avocat de la partie civile, lui demande ce qu’il a fait durant les heures qui ont précédé son dernier crime.
Mais comment pourrait-il s’en souvenir? Pour lui, un jour ressemble à l’autre. «Je n’ai rien fait de spécial, comme d’habitude.» Il a dormi dans un bateau quelconque. Il a bu. Beaucoup. Il s’est peut-être bagarré. «Avant, je dealais pour m’acheter de quoi boire et de quoi manger. Au bout d’un moment, je n’avais plus besoin de manger, je me contentais de boire.»
C’est bien cette dérive sociale, cette marginalité qui peuvent le rendre dangereux pour la sécurité publique et justifier un internement, explique l’expert psychiatre. Mais cet internement doit être une décision de justice. Du point de vue strictement psychiatrique, elle ne se justifie pas.
K. souffre bien sûr d’un trouble de la personnalité borderline et d’une forte dépendance à l’alcool. Mais durant des années cette pathologie ne l’a pas conduit à commettre des actes criminels graves.
Le substitut du procureur, Marco Rossier, demande à l’expert si le risque de récidive est élevé, si l’on peut parler de l’accusé comme d’un dangereux prédateur. «Oui, le risque de récidive est important. Si Monsieur K. traite son problème d’alcool, sa dangerosité sera diminuée, mais pas abolie, car il reste l’absence de profession et de relation affective.» Le substitut insiste: K. est-il une bombe à retardement? «Les facteurs qui déclenchent sa violence nous échappent et lui échappent à lui-même.»
Arrêtez-moi!
Notons qu’après les deux premières agressions, l’accusé s’est rendu de lui-même aux Urgences psychiatriques. Il n’en pouvait plus. Un médecin confirme: «Il m’a dit qu’il se trouvait dans un état de désespoir total. Il craignait de se faire du mal ou de faire du mal à autrui et ne le voulait pas.» Les HUG l’envoient au Centre de thérapie brève pour une cure de désintoxication. Au bout de quelques jours, il ne supporte plus les contraintes, il recommence à boire, devient agressif, «rompt le contrat» et se retrouve à la rue… Le procès se poursuit. Verdict aujourd’hui.
K. voulait-il éviter l’expulsion?
Pourquoi K. a-t-il, des années durant, donné une fausse identité? Malgré toutes les questions posées au prévenu durant l’audience, la Cour n’a obtenu aucune réponse. En se faisant passer pour Algérien, l’accusé voulait-il simplement éviter l’expulsion?
«Un accord de réadmission existe avec l’Algérie depuis environ deux ans, explique Nadine Mudry, secrétaire adjointe au Département de la sécurité en charge du domaine des migrations, mais le protocole d’application n’est pas signé. Ce qui signifie que, concrètement, il est quasi impossible de renvoyer quelqu’un en Algérie. Cette situation conduit un certain nombre de personnes vivant dans la petite délinquance à prétendre qu’elles sont originaires de ce pays. Ce qui rend leur renvoi impossible.» Qu’en est-il du Maroc? La situation semble au premier abord encore plus compliquée puisqu’aucun accord de réadmission n’a jamais été signé avec ce pays. «Mais en pratique, rectifie Nadine Mudry, le processus d’identification est plus facile avec cet Etat, et jusqu’ici nous arrivions à expulser les ressortissants marocains relativement facilement grâce à des vols spéciaux.»
Depuis quand la Brigade administrative de la police savait-elle que K. était Marocain. Avant l’été 2008? En d’autres mots, si elle avait transmis cette information plus rapidement à la Criminelle, K. qui vivait depuis 2002 dans la petite délinquance aurait-il pu être expulsé avant les terribles agressions du mois d’août 2008? Pour l’instant, le procès n’a pas apporté de réponse.