Un coup de couteau dans le cou pour une histoire de pneu crevé! Lorsque R. pénètre le 24 février dans un cybercafé de la rue de Fribourg, un client lui reproche vertement de lui avoir endommagé la roue de son scooter en… 2008. Une bataille éclate aussitôt entre les deux hommes. Elle se terminera aux Urgences pour l’un, en prison pour l’autre (lire nos éditions du 1er mars).
Aujourd’hui R., 26?ans, se retrouve inculpé de tentative de meurtre pour avoir poignardé un compatriote algérien.
Nous en savons désormais un peu plus sur cette violente altercation aux Pâquis et sur le passé pénal des deux protagonistes. Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années. R. dit s’être fait agresser par le passé à deux reprises par la victime à Versoix. «Dans le train et sur le quai. Et à une reprise sous le regard de sa fille de 14?ans», déplore Me Jean-Pierre Garbade, avocat de l’inculpé. Le soir du drame, R. soutient pourtant qu’il n’avait aucune intention belliqueuse. «Il est entré dans le café et est même allé embrasser son compatriote», poursuit le pénaliste. Mais le ton monte très vite en raison d’une vague histoire de pneu crevé et pour une insulte. La victime aurait en effet offensé la mère de l’agresseur.
«La terreur de son immeuble»
Une caméra de surveillance filme une partie de la bagarre. On y voit notamment les deux Maghrébins se battre à l’extérieur. R. sort un couteau suisse pour frapper dans la foulée son compatriote et se réfugier derrière le comptoir de l’établissement. L’altercation prend vite fin puisque la victime perd beaucoup de sang. L’ambulance arrive. R. s’enfuit.
Il sera interpellé deux jours plus tard à Chêne-Bourg. Sa thèse? La légitime défense face à un homme très violent déjà condamné en 2003 à deux ans de prison pour une agression à Berne. «Mon client n’a pas voulu le frapper, assure Me Garbade. La blessure s’est faite dans le feu de l’action.» Et l’avocat de relever que la victime n’est pas un enfant de chœur: «A Versoix, il est la terreur de son immeuble où il vit au crochet d’une femme à l’AI. Il y a même une pétition qui circule contre lui dans le locatif. Il a seize antécédents judiciaires.»
Vingt antécédents
Avec la justice, R. n’est pas en reste: il admet une vingtaine d’antécédents pour des affaires de vols et de stupéfiants. La victime, qui était recherchée par la police, se retrouve au quartier cellulaire des Hôpitaux universitaires de Genève. La semaine dernière, Me Garbade a tenté de sortir son client de Champ-Dollon. Il estime qu’un récent arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme doit permettre au prévenu de bénéficier d’un avocat dès la première heure: «Ce qui n’a pas été le cas.»
La Chambre d’accusation n’a rien voulu savoir, elle a rejeté cette demande assurant que la détention préventive de R. limiterait ainsi tout risque de réitération et permettrait au juge d’instruction Pierre Bungener de poursuivre son enquête.