Le violeur en série marocain qui a agressé trois personnes en 2008 (nos éditions précédentes) a été reconnu coupable de viol, de tentative de viol et de contrainte sexuelle avec cruauté, hier, par la Cour d’assises. Sa responsabilité pénale a été jugée très légèrement restreinte. Il a été condamné à une peine de quatorze ans de prison.
La sanction semble à première vue très lourde. Mais il faut tenir compte du fait que K. a déjà subi deux ans de préventive. Il pourrait ainsi bénéficier de la libération conditionnelle d’ici à huit ans et de la semi-détention dans cinq ou six ans. Dans ces conditions, la sécurité publique est-elle suffisamment assurée?
Le premier substitut du procureur, Marco Rossier, n’en est pas certain. Il attend les considérants de ce jugement pour décider s’il fera recours. Il faut dire que la peine qu’il avait précédemment requise était beaucoup plus sévère.
Des proies isolées
Le représentant du Parquet avait demandé 20?ans de réclusion assortis d’un internement. Autrement dit, une fois sa peine accomplie, K. n’aurait pas retrouvé la liberté automatiquement. Un collège de psychiatres, de magistrats et d’experts divers aurait évalué son état et aurait autorisé son élargissement seulement s’il avait estimé qu’il ne représentait plus de danger pour la société.
Le substitut du procureur a rappelé que ce Marocain de 40?ans a agressé sexuellement trois personnes en l’espace d’une quinzaine de jours durant l’été 2008. «Des proies isolées et faibles.» Une mère de famille qui rentrait chez elle, seule dans la nuit; un ex-toxicomane affaibli par sa trithérapie et son traitement à la méthadone; et enfin une dame de 93?ans qui retournait à la maison les bras chargés de commissions.
«Les conséquences de vos actes ont été dévastatrices pour vos victimes, a ajouté Marco Rossier. Tous les aspects de la vie humaine ont été touchés et altérés.»
Les derniers mois de l’ex-toxicomane ont été particulièrement pénibles. «Vous avez contribué à précipiter sa fin! a accusé le substitut. Vous vous êtes comporté en sadique. Vous avez pris plaisir à faire souffrir inutilement. Vous êtes un dangereux prédateur, n’importe qui peut devenir votre proie: malheur à qui croisera votre chemin!»
Risque de récidive élevé
Le représentant du Parquet a souligné le risque de récidive «assez élevé» selon l’expert psychiatre. Un risque lié à l’alcoolisme de K. mais aussi à son mode de vie marginal et délictueux. Il a été arrêté 40?fois depuis son arrivée en Suisse en 2002 et condamné 31?fois pour infraction à la Loi fédérale sur les stupéfiants, voies de faits et lésions corporelles simples.
Et lorsqu’il sortira?
En se basant sur les déclarations de l’expert psychiatre, Marco Rossier relevait que même s’il soignait son problème d’alcool, K. «resterait dangereux». A cause de son passé, de ses traits de caractère dyssociaux et borderline qui constituaient «un grave trouble mental» et une «menace pour la sécurité d’autrui».
Pour le substitut, tant que K. se trouve en prison, qu’il est cadré, pas de problème, il se comporte comme un détenu modèle, mais lorsqu’il sortira? Marco Rossier en avait appelé à la responsabilité du jury.
Les 31 condamnations pas prises en compte
Il n’a été que partiellement entendu. La Cour n’a pas pris en compte les 31 précédentes condamnations de K. pour aggraver sa peine. Elle n’a pas non plus ordonné l’internement, estimant qu’une thérapie et un suivi psychiatrique de cinq?ans étaient des mesures suffisantes pour guérir le condamné de ses démons.
Les deux victimes encore vivantes de K. recevront chacune 25?000?francs à titre de tort moral.
Des questions sans réponse
La barbarie du mois d’août 2008 aurait-elle pu être évitée? Comment un homme arrêté 40?fois en six ans et condamné 31?fois peut-il circuler dans nos rues comme si de rien n’était?
Ne devient-il pas inévitablement une bombe à retardement? La vie de K. s’est peu à peu transformée en désert affectif. Sans pays, sans famille, sans travail, sans attaches, qu’avait-il à perdre en se vengeant de ses malheurs sur le premier venu?
Aurait-il pu être expulsé avant que le pire ne se produise? Depuis quand la Brigade administrative de la police savait-elle que K. n’était pas Algérien mais Marocain? On l’a vu (nos éditions d’hier), le renvoi dans ce pays est en pratique plus facile que l’expulsion vers l’Algérie, laquelle, selon les autorités compétentes, est tout simplement impossible.
Information pas exploitée
Autre question: comment se fait-il que K. qui a été identifié grâce aux traces ADN laissées sur ses deux premières victimes, un vendredi en fin d’après-midi, n’a été arrêté que le mercredi suivant après avoir eu le temps durant le week-end de violer une mère de famille? C’est en effet le 29 août 2008, en fin de journée, que la police genevoise a reçu la réponse de Berne à ce sujet. Pourquoi n’en a-t-elle pas pris connaissance immédiatement et n’a-t-elle pas tout de suite lancé les recherches? L’information a dormi dans un tiroir tout un week-end.
Quelques heures avant d’agresser la mère de famille, ce 30 août 2008, K. a fait l’objet d’un contrôle de routine. Si, à ce moment-là, la police avait eu les informations nécessaires concernant son identité ADN, elle l’aurait arrêté tout de suite et permis ainsi à une victime d’échapper à l’enfer.
Toutes ces questions, nous les avons posées à la cheffe de la police, Monica Bonfanti. Elle dit ne pas pouvoir nous répondre actuellement parce que l’affaire est en cours de jugement. Si elle nous parlait, elle violerait son secret de fonction.
(cf)