Recherché depuis 2001 par la justice genevoise, F. avait refait sa vie quelque part entre Lyon et Valence (Drôme). Une nouvelle compagne, un enfant de 4?ans, des petits boulots.
Un jour d’avril 2009, il est parti à Andorre «chercher des cigarettes moins chères». Mauvais calcul: à la frontière franco-espagnole, un douanier a réalisé que ce Suisse de 39?ans était sous le coup d’un mandat d’arrêt international.
Résultat, l’homme a été extradé depuis Madrid le mois dernier. Détenu à Champ-Dollon, F. se retrouve aujourd’hui poursuivi pour des détournements, une séquestration mais aussi pour avoir tenté d’écraser en voiture des policiers et des gardes-frontière.
Cerise sur le gâteau: à son arrivée à Genève, la justice lui a également appris qu’il devra purger une peine de quinze mois, prononcée en son absence en 2003, pour un trafic de stupéfiants qu’il a vendu via Internet.
A 140?km/h sur un agent
Qui est F.? Visiblement une tête brûlée, un homme instable et plutôt violent. En novembre 2001, il force un barrage de douane à Bâle. Pour éviter le bolide, un garde-frontière doit plonger sur le bas-côté. Transportait-il de la drogue ce jour-là? Mystère.
Le mois suivant, il se fait pincer la main dans le sac, à Genève, par son employeur. F., qui travaille alors comme comptable dans une petite PME, a détourné cette année-là quelque 70?000?francs en reversant une partie du magot sur son compte. L’étau se resserre sur lui.
Le 21 décembre, pressentant son arrestation, il croit apercevoir un véhicule de police au pied de son immeuble aux Acacias. Il se réfugie alors chez une voisine qu’il ne connaît pas. F., qui affirme avoir pris ce jour-là des drogues (cocaïne, héroïne), terrorise la locataire qui craint pour la vie de son enfant de 7?mois et pour l’aîné de 4?ans. C’est ce dernier, qui déclare avec candeur à F. que «papa, il a une Mercedes noire». Le Genevois met ainsi fin à cette séquestration pour disparaître avec la voiture.
Changement d’adresse
Pour la police, la chasse à l’homme bat son plein. La nuit de Noël, une patrouille repère l’automobiliste vers la place Neuve à 4?h du matin. Les gendarmes dressent un barrage vers la rue du Général-Dufour.
A la vue du dispositif policier, F. accélère. Il roule à 140?km/h, force le passage et manque de blesser les agents. Une course-poursuite démarre, mais les policiers perdent sa trace à la hauteur de Florissant. A ce moment, F. sait qu’il doit quitter la Suisse.
Condamné en France
Sa nouvelle vie française débute sur une fausse note. La police l’appréhende à Paris pour une tentative d’extorsion survenue en 1999 en France. Libéré, il décroche une peine avec sursis. Mais à chaque fois qu’il voit un véhicule de police, il se méfie et fait parfois demi-tour.
En 2003, 2005 et 2006, il écope pour cela d’amendes pour refus d’obtempérer. Les inspecteurs genevois ne parviennent pas à retrouver sa trace. «On croyait l’avoir rattrapé il y a quelque temps, explique une source, mais lorsque les agents sont arrivés sur place, F. avait changé d’adresse.» Un mandat d’arrêt international est émis, tardivement, en 2008.
Deux ans plus tard, la cavale de F., défendu par Me Marie-Paule Honegger, prend fin à Andorre. Aux dernières nouvelles, il semble prêt à assumer et à régler sa dette envers la société.