L'événement

Le chauffard B., renvoyé de son université

Par FEDELE MENDICINO, DEJAN NIKOLIC le 26.11.2009 à 00:03

Le conducteur de la Lamborghini étudiait le droit à Plainpalais. Son institut privé a décidé hier de le radier. Le Parquet a confié le dossier à un juge. B. a été entendu hier soir par la police. Avocat du jeune Russe, Me Barillon s’attend à l’inculpation de son client, qui admet les faits.

Son avenir de juriste est sérieusement compromis. A peine sorti de l’hôpital, voilà que B., entendu hier soir par la police, perd sa carte d’étudiant en droit. La raison? Ce Russe de 22?ans, propriétaire de la Lamborghini blanche qui a grièvement blessé jeudi dernier un septuagénaire entre Versoix et Bellevue, s’est fait exclure hier de l’établissement où il étudiait depuis 2004. Le quotidien russophone en ligne de la Tribune, NashaGazeta.ch, s’en est fait l’écho hier matin.

«En s’inscrivant dans notre institut, les postulants signent un contrat d’études stipulant qu’ils s’engagent à respecter les lois suisses en toutes circonstances», résume la direction du prestigieux Centre international de l’Université d’Etat de Moscou Lomonossov.

L’antenne helvétique de la première Université de Russie, installée à Plainpalais depuis 2003, compte environ 150 élèves. Les frais d’écolage: 22?000?francs par année, pour un cursus de huit, dix ou quatorze?semestres d’études. «Nous sommes spécialisés en droit et en gestion de l’environnement. Nos cours sont dispensés en russe et à partir des 3e et 4e?années, l’apprentissage s’accompagne de cours en anglais», nous précise-t-on.

B. était étudiant en 4e?année de droit. Quel genre d’élève était-il? «Ce n’était pas quelqu’un de très assidu, estime-t-on du côté de la direction de l’établissement. Cet étudiant s’est récemment réinscrit chez nous, après avoir pris un congé académique en 2008.» Commencée sur les chapeaux de roues, la formation diplomante de B. s’est interrompue séance tenante.

Inculpation imminente

B. s’attend maintenant à être interrogé par un juge. En effet, hier matin, la police a transmis un dossier intermédiaire au Parquet sur l’accident de jeudi dernier. Le procureur général, Daniel Zappelli, a immédiatement ordonné l’ouverture d’une information pénale et transmis le dossier au magistrat Michel-Alexandre Graber, président du Collège des juges d’instruction.

Me Jacques Barillon s’attend donc à ce que B., son client, soit rapidement inculpé: «Il reconnaît les faits et son alcoolémie.» En attendant, B., déjà condamné en 2006 pour violation de la Loi sur la circulation routière, a été entendu hier soir par la Brigade motorisée de la police.

Son avocat ne manque pas de fustiger les propos de Daniel Zappelli critiquant mardi les lenteurs de la police qui a tardé à lui transmettre le dossier (lire nos éditions d’hier). Selon Me Barillon, il avait les compétences de se saisir lui-même de cette affaire: «Si celui-ci avait jugé urgent que d’autres mesures d’investigation fussent exécutées par les services de police, il eût été de ses compétences et de son pouvoir d’intervenir, sans délai, pour que ces opérations soit diligentées par les fonctionnaires compétents. Il va confier maintenant l’affaire à un juge d’instruction qui va poursuivre mon client. B. assume entièrement ses responsabilités mais conteste avoir fait un rodéo.» Enfin, le pénaliste tient à préciser que les autres Russes qui pourraient être impliqués dans un rodéo n’étaient pas des amis de B. «Il les a simplement vus deux ou trois?fois.»

Nous avons demandé à la cheffe de la police de s’exprimer sur l’affaire ainsi que sur les lenteurs de l’enquête policière. Elle a refusé (lire encadré ci-dessus). Quant à Laurent Moutinot, ministre en charge de la Police, il fait simplement savoir qu’il abonde, cette fois, dans le sens du procureur général Daniel Zappelli. Ce dernier s’étonnait mardi que la police n’ait pas encore signalé les faits à la justice (lire plus ci-dessous).

Quant aux trois autres Russes, ils ont quitté la Suisse après avoir été brièvement auditionnés jeudi dernier par un gendarme. Ils pilotaient une Bugatti, une Mercedes McLaren et une Porsche Cayenne. Agée de 70?ans, la victime est toujours hospitalisée.

 


 

Qui a fait quoi ce soir là? Récit

Le convoi de millionnaires démarre depuis l’hôtel La Réserve vers 23?heures jeudi dernier. Les bolides traversent Bellevue dans un bruit assourdissant. Sur la longue ligne droite, après le giratoire en direction de Versoix, des jeunes Russes font rugir de plus belle leurs cylindrées de luxe.

Survient alors l’accident. La Lamborghini, conduite par B., tente de dépasser l’un des autres bolides, qui la sépare d’une Golf conduite par un septuagénaire allemand. Lors de cette tentative, la Lamborghini part en embardée. La voiture effectue un tête-à-queue et râpe le mur situé sur sa droite. L’élan est tel que le bolide finit par percuter la Golf roulant à une vitesse bien inférieure. La VW est projetée à 50?mètres de là. Deux motards arrivent sur les lieux et préviennent la police. Entre-temps, les trois autres participants au rallye urbain ont rebroussé chemin. Après avoir extrait leur camarade de sa Lamborghini, ils repartent vers Genève pour, quelques secondes plus tard, repasser en direction de Versoix.

Erreur d’appréciation

Vers 23?h?30, la police arrive. B. et le retraité allemand sont conduits à l’hôpital. Quelques minutes plus tard, les gendarmes mettent la main sur les voitures parquées devant une grande propriété. Ils y retrouvent les trois conducteurs russes. Les policiers emmènent ensuite les voitures à la fourrière et se rendent avec le trio russe à la Brigade de sécurité routière. Ils contrôlent l’alcoolémie des conducteurs, qui n’ont pas bu. On les entend brièvement avant de les relâcher. Le gendarme jugeait alors que ces trois Russes n’avaient rien à se reprocher. Une erreur d’appréciation des faits, relevait mardi un communiqué de police. Quoi qu’il en soit, ces trois conducteurs ont quitté la Suisse pour la Turquie. Un départ qui complique la tâche de la justice, qui devra établir les faits en l’absence de bon nombre de protagonistes.

Les critiques fusent au sein de la police

Le procureur général reproche aux forces de l’ordre de ne pas avoir été alerté à temps. Même au sein de la police, les critiques fusent: on s’étonne de ne pas avoir mis le trio russe en garde à vue pour répondre aux questions d’un officier de police. Un agent expérimenté qui délivre si besoin un mandat d’amener avant de mettre les prévenus à disposition d’un juge d’instruction.
(fm/djn)


 

La police doit se passer de géolocalisation dans l’enquête

La Porsche Cayenne Turbo noire supposée avoir participé au rodéo des millionnaires jeudi dernier est un véhicule de location appartenant à Elite Rent-a-Car. Certains des modèles proposés par l’agence sise aux Pâquis sont équipés du dernier cri en matière de géolocalisation.

«Il s’agit du système Masternaute», confirme la directrice de la société. En gros, le dispositif lui permet de savoir à quel moment et à quel endroit circulent les voitures de sa flotte.

Seul hic: la Porsche Cayenne n’en dispose pas. Pour les besoins de l’enquête, une telle information – accessible même rétroactivement – aurait été précieuse. «Seuls nos véhicules avec chauffeur en sont équipés», assure la responsable. Masternaute ou pas, le conducteur du bolide, pouvant passer de 0 à 100?km/h en moins de cinq?secondes, ne doit-il pas avoir 30?ans? «Pas du tout. Même si on a 24?ans, l’important est de posséder un permis de conduire valable.» Pas sûr que toutes les assurances pensent de même.
Dejan Nikolic

 


 

Bonfanti ne répond pas

Nous avons tenté de joindre Monica Bonfanti, la cheffe de la police, afin d’en savoir davantage sur les circonstances de l’enquête des gendarmes. Elle a refusé de s’exprimer. Voici les questions que nous aurions aimé lui poser.

– Pourriez-vous nous décrire le déroulement de l’enquête effectuée par les gendarmes?
– Confirmez-vous leur erreur d’appréciation?
– Pourquoi la hiérarchie de la gendarmerie n’a pas rectifié le tir le lendemain de l’accident?
– Pourquoi la direction de la police n’a pas réagi le lendemain de l’accident?
– La police a-t-elle eu peur d’avoir la main lourde face à des gens puissants en raison du traumatisme de l’affaire Kadhafi?
– Les policiers ont-ils subi des pressions en raison du milieu dont sont issus les protagonistes de ce dossier?
– Avez-vous eu des contacts dans cette affaire avec le ministre de la Police, Laurent Moutinot?

FM/ArG

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