FINANCES

La Ville dompte mieux sa dette que le canton

Par JÉRÔME FAAS le 26.04.2010 à 00:00

La dette diminue, ses intérêts plongent, Standard & Poor’s applaudit.

Le rejeton a dépassé son tuteur. La gestion financière de la Ville de Genève est encore meilleure que celle du canton, pourtant louée par l’agence de notation Standard & Poor’s (lire nos éditions du 15 avril). Alors qu’elle attribue la note A?+?à la République, elle gratifie la commune d’un AA-. «Une Ville qui se situe devant son canton, son garant potentiel, c’est un cas unique en Suisse», observe Philippe Krebs, adjoint de direction au Département des finances et du logement.

La gestion de la dette de la Ville illustre cette excellence. «Le canton était déjà très bon. Et nous l’avons dépassé en début d’année.» Le taux d’intérêt moyen de cette créance se fixe à 2,36% au 15 avril. Le résultat surpasse celui du canton, dont le taux moyen était de 2,6% en 2009, et «qui n’a pas dû bouger beaucoup depuis lors», déclare Roland Godel, secrétaire adjoint du Département cantonal des finances.

Deux facteurs expliquent ces performances, selon Standard & Poor’s. «Des recettes fiscales supérieures aux prévisions» et «un contrôle étroit des coûts». Les analystes écrivent encore que «la maîtrise des dépenses observée au cours des deux dernières années est un engagement fort de l’Exécutif». La rigueur est de mise au Palais Eynard.

La gauche gère-t-elle à droite?

Bigre, le Conseil administratif de gauche mènerait-il une politique de droite? La socialiste Sandrine Salerno, cheffe des Finances, rejette l’idée: «L’image d’une droite rigoureuse et d’une gauche dépensière est fausse. Dans les faits, les groupes qui défendent le service public sont des groupes de gauche. Or, si l’on désire défendre le service public, il faut faire en sorte que son image soit bonne. Cela va obligatoirement de pair avec une gestion rigoureuse et exemplaire de l’Etat.»

En l’occurrence, la dette municipale a baissé de 23% depuis le début de la législature, passant de 1,84 à 1,41 milliard de francs. Ses intérêts annuels ont chuté. Ils pesaient 62 millions en 2007. Ils ne coûteront que 35 millions cette année. Pour parvenir à de tels résultats, la Ville explique avoir mis au point une véritable stratégie. «Nous avons choisi de réaliser en moyenne 70% de nos emprunts à taux fixe et 30% à taux variable», détaille Philippe Krebs. S’y greffe une complexe ingénierie financière permettant «de minimiser les risques et les coûts. Nous ne sommes pas là pour spéculer.» Ce qui n’empêche pas la Ville de mettre les banques en concurrence via des appels d’offres.

Mais que vient faire la politique dans des opérations qui semblent d’abord relever du génie mathématique? «A la base, il y a quand même une décision et un risque politiques», note Sandrine Salerno. C’est en effet l’Exécutif qui a validé la stratégie «30% d’emprunts à taux variable», différente, par exemple, de celle du canton, qui se limite à 15%.

«Nous aurions pu ouvrir les vannes»

La magistrate attribue donc une bonne partie du succès financier de la Ville à son Conseil administratif. «La dette a diminué car les charges ont été maîtrisées. Nous aurions pu dépenser, ouvrir les vannes. Avec une double majorité de gauche, nous aurions pu empiler les crédits extraordinaires en cours d’année et les faire passer, mais nous avons extrêmement bien géré l’argent. C’est pour cela que nous sommes aussi bien notés par Standard & Poor’s et que la Ville est meilleure que le canton.»

 


 

«La Ville n’a pas assez investi»

«Oui, effectivement, la Ville est bien gérée au niveau comptable.» Le constat est d’Olivier Fiumelli, pourtant conseiller municipal radical très soucieux d’orthodoxie financière. Passé ce compliment, l’homme reste critique. Selon lui, le Conseil administratif de gauche peut mieux faire.

«Si la dette diminue, c’est bien, commente l’élu. Si elle diminue parce que des investissements qui auraient dû être faits ne l’ont pas été, c’est moins bien.» Et c’est précisément ce qu’Olivier Fiumelli pense. Il constate que la Ville peine à réaliser les investissements prévus. «Elle ne rénove pas assez ses immeubles qui sont en mauvais état. Elle délaisse ce patrimoine financier. Or, une dette doit être comparée avec la valeur des actifs.»

Le radical s’étonne aussi que la dette diminue alors que les taux d’intérêt sont au plus bas. «Il est très dommage de ne pas avoir mis le paquet sur les investissements à ce moment-là, comme l’a fait le canton. C’est le contraire d’une politique anticyclique.»

«Gestion juste normale»

Il relève enfin qu’au contraire du canton, la Ville supporte peu de charges dépendantes de la conjoncture, comme, par exemple, l’assurance-chômage. «Il lui est donc plus facile de maîtriser ses dépenses. Sa gestion n’est pas rigoureuse, elle est juste normale.» La répartition des charges entre les cantons et les Municipalités explique cet état de fait. «Genève est le canton de Suisse où les communes ont le moins de compétences. La Ville de Lausanne, par exemple, a une vraie police.» A contrario, si la Ville dispose de peu de compétences, le canton peut lui transférer unilatéralement des charges, ce qu’il ne s’est pas privé de faire ces dernières années.

Notons en outre que si Standard & Poor’s loue la gestion tant du canton que de la Ville, elle juge leurs dettes «élevées au regard des comparaisons nationales et internationales».

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