Le bonheur, avec les bulles spéculatives, c’est que l’on ne sait jamais où elles vont éclater. Depuis un mois, les plus grands experts de l’économie, le FMI et la Banque mondiale tiraient la sonnette d’alarme: «De nouveaux périls financiers sont en train de naître, qui seront encore bien plus graves que ceux nous avons connus.» Ainsi parlait, par exemple, Nouriel Roubini face à la flambée de l’or, des devises telles que le réal brésilien et le dollar australien ou, enfin, l’envolée inouïe (100%) du cuivre ou du sucre.
Eh bien non! En tous les cas, pas dans l’immédiat. Il aura suffi, mardi soir, qu’une sous-sous filiale de l’Etat de Dubaï demande un report de quelques mois des 3,5 milliards de dollars qu’elle doit à ses créanciers (notamment occidentaux) pour que la tempête se lève à nouveau.
Elle a surgi au Moyen-Orient, sur les champs pétroliers, et non en Asie ou en Amérique du Sud. Aujourd’hui, bien évidement, tous nos fameux experts se gaussent à nouveau: «Surprise? Quelle surprise? On savait Dubaï surendettée, aux prises avec de graves difficultés économiques, liées tant à la chute du cours du pétrole qu’à l’effondrement du tourisme.»
Dont acte. La tourmente est certes venue de là où on ne l’attendait pas. Mais l’éventuel défaut de paiement du conglomérat étatique du Golfe nous prouve – si besoin était – que le feu couve toujours sous la braise. La crise est terminée? Attendons quelques mois encore et tout rentrera dans l’ordre? Mensonges!
Mensonges savamment distillés par les milieux financiers, pour échapper à toute tentative de régulations dignes de ce nom. En réalité – et on l’observe aujourd’hui avec une simple facture impayée de 3,5 milliards de dollars – les banques sont encore si fragiles qu’un unique débiteur insolvable pourrait les remettre dangereusement en péril. Et notre monde avec elles.