«A 104% d’imposition, la réponse va de soi. La question n’est plus de savoir si les gérants de hedge funds quitteront Londres, mais combien ils seront.»
Cette déclaration, faite la semaine dernière par Jonathan Ivension, avocat-fiscaliste chez Hogan & Hartson à Londres et Genève, à L’Agefi venait confirmer l’arrivée, annoncée dans nos colonnes, d’au moins huit fonds spéculatifs au bout du lac, d’ici à avril prochain (lire la «Tribune de Genève» du 26 janvier 2010).
Hier, le Financial Times a donné un nom supplémentaire aux candidats à l’exil. Selon le quotidien britannique, le plus gros fond européen, Brevan Howard, avec ses 27 milliards de dollars d’actifs sous gestion, s’apprête à ouvrir une officine à Genève.
Le directeur général de Brevan, Gunther Thumman, s’en est ainsi ouvert dans une lettre envoyée à ses investisseurs: «Brevan Howard et ses dirigeants sont d’avis qu’une implantation à Genève est une option de premier ordre pour leur équipe internationale de gérants d’actifs. L’ouverture de cette filiale nous donnera accès à du personnel hautement qualifié ainsi qu’à d’excellentes infrastructures.»
D’après cette missive, l’implantation à Genève est imminente, dans les mois à venir. Les démarches auraient été entreprises l’année dernière déjà. La représentation genevoise devrait compter entre cinquante et cent personnes, dont un certain nombre serait engagé sur place.
Sur les traces de BlueCrest
Si le comité directeur de Brevan Howard – dont le siège est situé à Baker Street, au cœur même de la City – donne son feu vert, le plus gros fond spéculatif d’Europe viendra donc rejoindre le troisième hedge fund britannique, BlueCrest, qui a annoncé, l’an dernier, un déplacement de cinquante de ses traders à Genève, pour cause de fiscalité «excessive» au Royaume-Uni.
Comme l’explique Glen Millar, associé Kinetic Partners qui s’occupe de ces implantations, «les gérants de fonds spéculatifs forment volontiers un club. Ils aiment se retrouver entre eux.»
Certes, les nouveaux arrivants se font attendre: «Ces processus de relocalisation prennent du temps», reconnaît l’avocat-fiscaliste Jonathan Ivinson, en raison, notamment, de la recherche de logements et d’écoles privées pour les enfants. Mais l’exode, selon lui, ne fait aucun doute.
Et pour cause. Dès avril prochain, les revenus dépassant 150?000?livres seront taxés à 50% (et même 52% dès 2011). A cela, il faut encore ajouter la taxe exceptionnelle sur les bonus, initiée par le premier ministre britannique Gordon Brown. Dès lors, selon Jonathan Ivinson, «les hauts revenus britanniques s’exposeront bientôt à un taux d’imposition effectif de… 104%»!
Moins de 35% en Suisse
Et le changement déjà programmé de majorité, au printemps 2010, avec le retour des conservateurs au pouvoir ne devrait rien changer. «Je pense que nombre de gérants de hedge funds de la City auront un choc – s’ils ne partent pas avant avril – lorsqu’ils découvriront leur déclaration fiscale. Certains ignorent qu’ils peuvent obtenir des accords intéressants en Suisse, avec une imposition bien inférieure à 50%.»
Jusqu’en 2008, cantons et Confédération prélevaient environ 42% sur les revenus des gérants de fonds alternatifs. Depuis lors, une nouvelle réglementation de l’Administration fédérale des finances a abaissé cette ponction. Les milieux bancaires helvétiques espéraient un taux d’imposition oscillant entre 25 et 35%. Ils l’ont visiblement obtenu.