Pour une fois, Bernie Madoff ou les banques suisses n’y sont pour rien! Mais l’affaire est en train de secouer la Côte d’Azur, où des centaines de clients, alléchés par les rendements miraculeux proposés par les banques islandaises, se voient aujourd’hui lésés. Le plus célèbre d’entre eux s’appelle Enrico Macias – de son vrai nom Gaston Ghrenassia – qui vient de porter plainte pour abus de confiance et escroquerie aggravée.
Argent mal placé
Selon Le Figaro, le chanteur français, âgé de 70?ans, aurait perdu quelque 20 millions d’euros suite à la faillite, en octobre 2008, de la banque islandaise Landsbanki. Il demande aujourd’hui l’ouverture d’une information judiciaire en France pour retrouver cette somme qu’il avait investie via l’établissement islandais. Car, dans le pire des cas, Enrico Macias risque non seulement de devoir faire un trait sur sa fortune, mais surtout de devoir mettre en vente sa maison de Saint-Tropez, qu’il a hypothéquée pour obtenir ces fonds.
Les «gens du Nord» n’auront donc pas porté chance au célèbre auteur du Vent du Sud. Et l’effet de levier si néfaste à la finance contemporaine – et dont Enrico Macias a voulu bénéficier – lui a été fatal. Explications.
Les banques islandaises – Kaupthing et Landsbanki en tête – se trouvaient à l’étroit sur leur petit marché domestique de 320?000 habitants. Or, au milieu des années 2000, les liquidités sur les marchés interbancaires coulaient à flots, à des taux d’intérêt défiant toute concurrence. Les établissements du petit Etat ont donc décidé de s’étendre à l’étranger, en empruntant quelque 50 milliards de dollars – dont 18 milliards à court terme, soit 1,8 fois le PIB islandais – pour les prêter à nouveau et faire des affaires sur les différentiels de taux.
Spéculation à perte
En Suisse, par exemple, la banque Kaupthing a conduit une stratégie des plus agressives entre 2006 et 2008, enjoignant les épargnants helvétiques à déposer leurs avoirs chez elle (au minimum 10?000?francs) en échange d’un taux d’intérêt sans comparaison: quelque 4%, quand les banques suisses ne dépassaient pas le 1%!
Jusqu’en automne 2008, la stratégie des Islandais a porté ses fruits. Puis est venue la crise financière et l’effondrement du château de carte islandais, qui affichera en 2009 un taux de croissance de –9%. Et c’est là où l’on revient à Enrico Macias. Lui comme des centaines d’autres pigeons de la Côte d’Azur ont accepté de mettre en gage «leurs luxueuses villas» (dixit Me David Dana, qui défend une dizaine de victimes du sud de la France).
En contrepartie, le chanteur a ainsi reçu 20 millions de prêts par la banque Landsbanki. Selon les termes du contrat, le bénéficiaire devait en placer les deux tiers dans des investissements choisis par la banque. Selon les calculs préalables, le débiteur remboursait toutes ses dettes et récupérait sa maison, grâce à la plus plus-value dégagée par ces placements. Las! En octobre 2008, Landsbanki a fait faillite. Comme tant d’autres depuis une année.