Le Conseil d’Etat genevois l’avait annoncé le 16 décembre dernier. C’est désormais chose faite. Genève publie aujourd’hui deux chiffres du chômage sur son communiqué officiel, le premier reprenant celui (officiel) du Seco diffusé ce matin, soit 7,2%. Le second, le sien, qui s’établit, lui, à 6,6%.
Assiste-t-on à une de ces nouvelles « Genferei » qui voudrait encore une fois distingué le canton du bout du lac du reste de la Suisse ? Absolument pas. Comme l’explique, avec ironie, Patrick Schmied, directeur général de l’Office cantonal de l’emploi (OCE), « nous sommes sans doute le seul pays au monde qui annonce un taux de chômage supérieur à la réalité ».
C’est un fait. Le taux de chômage helvétique est calculé, canton par canton, sur la base du recensement fédéral de la population datant de l’an 2000. Pour Genève, ce dernier recensait une population active de 217 000 personnes. Si l’on compare à ce total les 15 930 chômeurs inscrits au mois de chômage, c’est sûr, on obtient 7,2%. Mais il y a là un gros bug.
Car, en dix ans, le nombre de places de travail a considérablement augmenté à Genève, portant la population active et résidante dans le canton à 242 000. Dès lors, les quelque 16 000 sans emplois inscrits ne représentent plus que 6,6%.
Le Tessin ou le canton de Vaud, où la démographie a également fortement progressé, pourraient suivre le mouvement et rejoindre la grogne genevoise contre une statistique qu’ils jugent trompeuses.
Au Secrétariat d’Etat à l’économie, on se dit conscient du problème. Mais le directeur de la Division du travail, Serge Gaillard, nuance toutefois : « A Genève, les frontaliers ne sont pas du tout comptabilisés dans les chiffres du chômage, puisque ces derniers ne prennent en compte que la population active résidante. Or, une telle absence affaiblit clairement la critique des Genevois ».
A l’échelle nationale, si le référent n’était plus le recensement fédéral 2000, mais la population actuelle, le taux de chômage publié ce matin par le Seco ne serait plus de 4,4%, mais de 3,8% !