Jusqu’ici, la banque HSBC était pour le moins restée discrète sur l’affaire du vol de données.
Hier, dans Le Matin dimanche , Alexandre Zeller, patron de la banque, est enfin sorti de son silence afin de remettre – autant que faire se peut – l’église au milieu du village. Sans surprise, il conteste la valeur des données toujours détenues par la justice et le fisc français.
L’ancien informaticien Hervé Falciani aurait livré des informations particulièrement difficiles à recouper. Une précision qui cherche assurément à rassurer la clientèle de la banque. A propos de laquelle Alexandre Zeller déclare que si elle a bien montré des signes d’inquiétude – il a fallu expliquer et rassurer – elle n’a aucunement cédé à la panique. «Les retraits (ndlr: d’argent) ont été minimes.»
Le patron de la banque admet encore ignorer comment Hervé Falciani a réussi à extraire l’ensemble de ces données, peut-être «lors du passage d’un système informatique à un autre».
Une juge trop compréhensive?
Alexandre Zeller donne également quelques bribes de réponse à LA question de cette affaire: comment la France peut-elle prétendre détenir les noms de 130?000 clients quand la banque, elle, parle de moins de dix personnes? «Nous n’avons pas eu accès aux informations du procureur Eric de Montgolfier… La seule chose concrète que nous ayons pu voir, c’est une liste de sept noms que nous a montrée le Ministère public de la Confédération.» A propos de ce dernier, Le Matin dimanche donne des précisions plutôt étonnantes. On savait qu’Hervé Falciani avait été arrêté et interrogé à Genève le 22 décembre 2008, après avoir été dénoncé par sa complice et compagne avant d’être relâché et de s’enfuir en France le lendemain.
Il semblerait que la juge fédérale suppléante chargée de l’enquête aurait accepté que l’informaticien quitte les locaux de la police pour lui permettre d’aller s’occuper de sa fille de 3?ans. Le Ministère public dit, lui, qu’il fut relâché pour manque de preuves.
Ce n’est pas le seul point sur lequel Berne aurait commis quelques ratages. Selon la SonntagsZeitung d’hier, le Ministère public de la Confédération
aurait informé par deux fois l’Administration fédérale des contributions (AFC) de l’avancement de l’enquête HSBC: une première fois à la fin de janvier 2009, une seconde fois au début de septembre.
Malgré les révélations inquiétantes du Ministère public, l’AFC n’aurait transmis que des informations «insignifiantes» à l’entourage de Hans-Rudolf Merz, qui n’aurait dès lors pas cru nécessaire de déranger le conseiller fédéral pour si peu. Une enquête aurait été diligentée pour faire toute la lumière sur ce point.